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Assassinat de Elmar Husseïnov en Azerbaidjan
4 mars 2005.
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Elmar Husseïnov *, victime de la vérité

Spécialisé dans l'investigation, Elmar Husseïnov, 37 ans, marié, père d’un enfant, était le journaliste le plus critique du pouvoir en place en Azerbaïdjan, république riche en hydrocarbures sur la rive occidentale de la Caspienne, et tenue de main de fer par le clan Aliev depuis l'époque soviétique. Il a été tué de deux balles dans le cœur, devant son domicile de Bakou, la capitale, dans la nuit du mercredi au jeudi 3 mars. Ses proches pensent qu'il s'agit d'un assassinat commandité, lié aux enquêtes qu'il publiait dans sa revue hebdomadaire Monitor (4.000 exemplaires) sur les personnalités du pouvoir et leurs pratiques opaques. Très populaire, le journal existait depuis 1999, d’abord mensuel, il était devenue hebdomadaire en 2000.

Elmar Husseïnov, tué de 3 balles juste pour avoir fait son métier d'informer et de dénoncer.

Plus de 5000 personnes, dont tous les leaders de l’opposition, ont accompagné, jusqu’au cimetière de Bakou, dans une marche silencieuse suivant les vœux de la famille, le 4 mars, sa dépouille mortelle. "Nous organisons les funérailles de manière à illustrer combien le peuple déteste ce régime", a déclaré le leader du Front national, Ali Kerimli, principal parti d'opposition. "L'opposition va s'unir pour renverser le régime de manière pacifique", a-t-il dit, suscitant une mise en garde des autorités, "Elmar est une victime de la terreur politique. Il est devenu la victime de la vérité. Tout le monde sait à quel point il est difficile de dire la vérité dans ce pays".
A la télévision, le président Ilham Aliev, qui a accédé en 2003 au pouvoir après des élections controversées, a démenti toutes responsabilité du régime et a affirmé que "les auteurs de ce crime tentent de nuire à l'image de l'Azerbaïdjan à l'étranger, de le présenter comme un pays instable et non démocratique".
Plusieurs hauts responsables de l’administration présidentielle sont allés se recueillir devant le corps du journaliste à l’Académie des sciences. L’ambassadeur américain, Reno Harnish, a pris la parole au cours de cette cérémonie, évoquant "une catastrophe nationale pour tout l’Azerbaïdjan" en insistant sur le fait que les journalistes devaient "travailler sans peur et sans menaces contre leur vie."
Le Quai d’Orsay a aussi déclaré : "Nous avons appris avec une grande émotion l'assassinat (…) de M. Elmar Husseinov, rédacteur en chef du journal Monitor. Nous présentons nos condoléances à la famille de M. Husseinov, à ses amis et à ses collègues. La France, qui est attachée à la liberté de la presse, partout dans le monde, condamne ce crime avec la plus grande fermeté. Elle compte sur les autorités azerbaïdjanaises pour traduire en justice les responsables de ce meurtre".

Terry Davis, le secrétaire général du Conseil de l'Europe -auquel l'Azerbaïdjan appartient depuis 1999- a réagi avec force depuis Strasbourg. "Je suis choqué par le meurtre brutal d'Elmar Husseïnov, qui a tout l'air d'un crime commandité, et je le condamne de la plus ferme manière". "C’est une attaque contre la liberté d’expression en Azerbaïdjan" a ajouté M. Davis. "Elmar Husseïnov a énormément contribué au développement de la liberté et du pluralisme des médias dans ce pays, que le Conseil de l’Europe considère comme l’un des piliers d’une société démocratique. Je lance un appel aux autorités azerbaïdjanaises pour qu’elles mènent une enquête approfondie et transparente et qu’elles traduisent les responsables de ce crime en justice."
Les proches du journaliste et les défenseurs des droits de l’homme ont dénoncé un "meurtre commandité" lié à son travail. L'organisation Reporters sans frontières a réclamé la constitution d'une commission d'enquête indépendante.

Elmar Husseïnov était l'objet d'un harcèlement constant. Tous les moyens ont été bons pour empêcher Monitor de paraître. En 2001, un article lui vaut un mois de prison pour diffamation. En 2002, les articles du journaliste sur le maire de Bakou, le clan Aliev et les bas de laine des uns et des autres lui valurent six mois de prison.
En février 2004, Husseïnov avait fait état à Human Right Watch des pressions qui s’exerçaient à son égard. Il y décrivait notamment son impossibilité à faire imprimer son journal qu’il devait photocopier manuellement, le refus des distributeurs officiels de vendre son journal et les sanctions policières à l’encontre des ventes dans la rue. Plusieurs procès avaient eu lieu à l’automne 2004 concernant des articles mettant en cause le pouvoir et les députés. A chaque fois, il était requis l’arrestation de Husseïnov, la fermeture du journal et de conséquentes amendes (de 30 à 40.000 dollars). Lorsqu'en janvier 2005, Monitor publia un reportage sur l'état de délitement d'une garnison de province son auteur, Akper Hasanov, fut détenu cinq heures au quartier général militaire.
Ce meurtre "intervient alors que le gouvernement mène, depuis l'élection présidentielle d'octobre 2003, une campagne contre les médias et les dirigeants de l'opposition", a indiqué le Comité de protection des journalistes (CPJ), une organisation basée à New York, des accusations également faites par d'autres défenseurs des droits.

La peur monte au sein des médias indépendants à Bakou. "Nous ne savons pas qui sera le prochain sur la liste", a noté Ganimat Zahidov, le rédacteur en chef d'un autre journal d'opposition, Azadliq. Lui-même avait été enlevé par des inconnus le 25 février, ainsi qu'un collègue. Tous deux ont été séquestrés plusieurs heures, menacés, roués de coups et filmés dans des positions compromettantes dans une vidéo diffusée le week-end dernier à la télévision locale.

Ces derniers mois, la répression s'était accrue aussi contre l'opposition. Un jeune opposant politique, Algaït Magueramov, vingt ans, condamné à trois ans pour sa participation à des émeutes en novembre 2003, a trouvé la mort, le 17 février, en prison. Officiellement, il est mort "d'une crise cardiaque" dans sa cellule. Les autorités azerbaïdjanaises ont été accusées, ces derniers mois, de vouloir supprimer toute liberté d’expression dans le pays, dans l’optique des élections parlementaires prévues en novembre 2005.
A la mi-janvier, la Confédération des journalistes azerbaïdjanais avait dénoncé une répression de plus en plus forte contre la presse, faisant état de la fermeture de journaux d'opposition et de l'emprisonnement de journalistes.

Dans son rapport annuel sur les droits de l'Homme, le département d'Etat américain dénonçait début mars, de multiples violations des droits durant l'année 2004, citant notamment les problèmes rencontrés par les médias indépendants, des morts en détention et des brutalités policières.

* on trouve aussi l’orthographe "Bouseinov"

Sources : Le Monde, Reuters, Prima News. Image from the Croatian BBC. Haut de page