Le président yéménite
gracie un journaliste d'opposition
Le président yéménite
Ali Abdallah Saleh a décidé de gracier le rédacteur
en chef d'un hebdomadaire d'opposition, Abdelkarim Al-Khaiwani,
qui purge une peine d'un an de prison pour des écrits
ayant déplu au pouvoir, a déclaré mercredi
un membre d'une commission gouvernementale.
Cette décision survient au lendemain de la confirmation
par la cour d'appel de Sanaa de la condamnation début
septembre de M. Khaiwani pour une série d'infractions
à la loi sur la presse de 1990, notamment incitation
à la violence, diffamation du chef de l'Etat et publication
de fausses nouvelles.
Son hebdomadaire, Al-Choura ("le Conseil", en arabe),
avait également été interdit de publication
pour six mois.
Cette période est aujourd'hui terminée, mais l'hebdomadaire
n'est toujours pas reparu. Un autre hebdomadaire, Saout Al-Choura,
("La voix du Conseil"), l'a suppléé.
Emprisonné le jour même du jugement, bien que son
avocat ait immédiatement fait appel et que l'appel soit
théoriquement suspensif, M. Khaiwani était devenu
le symbole de la détérioration de la liberté
de la presse au Yémen au cours des dernières années,
selon les journalistes yéménites.
Cinq autres journalistes ont ainsi été condamnés
le 26 décembre 2004 à des peines de prison avec
sursis allant de trois à six mois, dont quatre pour des
articles considérés comme préjudiciables
aux relations entre le Yémen et l'Arabie saoudite.
Le cas de M. Khaiwani avait été soulevé
par plusieurs gouvernements alliés du Yémen, notamment
par celui des Etats-Unis à l'occasion d'une visite de
deux jours à Sanaa à la fin du mois dernier de
la sous-secrétaire américaine aux Affaires internationales,
Paula J. Dobriansky.
La décision soudaine de M. Saleh semble donc avoir pour
but de mettre fin à une situation qui portait de plus
en plus atteinte à l'image du Yémen à l'étranger,
notamment dans les pays occidentaux, qui constituent le principal
soutien du régime de Sanaa.
L'affaire Khaiwani est inséparable de la rébellion
armée menée à l'été 2004
par un prédicateur extrémiste, Hussein Badr Eddine
Al-Houti, contre le régime de Sanaa. Tué le 10
septembre par l'armée, Houti était un dignitaire
zaïdite, une secte chiite modérée minoritaire
au Yémen, pays à majorité sunnite, mais
majoritaire dans le nord du pays. Durant ce conflit sanglant,
qui se solda par des centaines de morts, M. Khaiwani, lui-même
zaïdite, défendit avec ardeur le prédicateur,
critiquant très sévèrement le régime
et son attitude face à la rébellion, mais s'en
prenant aussi en termes très violents à la propre
famille du chef de l'Etat.
Après la confirmation en appel de la condamnation, le
dossier de M. Khaiwani devait être automatiquement transmis
à la Cour suprême, la plus haute instance du système
judiciaire yéménite.
En cas de nouvelle confirmation de sa peine par la cour suprême,
M. Khaiwani aurait alors eu la possibilité d'être
gracié par le président Saleh, mais celui-ci a
décidé d'agir sans attendre.
Copyright : AFP, du
23 mars2005. 