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mars 21h21 – Reuters
L'annonce de la libération de Giuliana
Sgrena a fait renaître l'espoir d'une issue prochaine pour
Florence Aubenas et son guide-interprète, Hussein Hanoun,
enlevés il y a 58 jours en Irak. "Cela me donne beaucoup
d'espoir et surtout ça me donne une très grande
satisfaction de voir que les choses bougent", a déclaré
le père de la journaliste française, Benoît
Aubenas, sur France 2. "J'y vois aussi un signe extrêmement
positif pour la libération prochaine de Florence et de
son guide", a-t-il ajouté. La libération de
la journaliste italienne "nous émeut et nous fait
redoubler d'espoir quant à la libération" de
Florence Aubenas, a souligné Marie-Ange Rodeaud, présidente
du "comité de soutien à Florence et Hussein".
"Nous répétons,
au gouvernement français, à toutes les personnes
qui travaillent à la libération de Florence et Hussein,
ainsi qu'aux personnes qui les détiennent qu'ils doivent
prendre soin d'eux et les libérer au plus vite", a-t-elle
ajouté dans un communiqué. Le comité de soutien
"appuie" la mère de Florence Aubenas, qui a refusé
cette semaine que la journaliste de Libération et son guide
deviennent des "doubles otages entre les mains de leurs ravisseurs,
toujours officiellement inconnus à ce jour et celles de
négociateurs de quelque bord soient-ils".
De son côté,
le ministère des Affaires étrangères s'est
réjoui de savoir Giuliana Sgrena libre, appelant de nouveau
à la libération "dans les plus brefs délais"
de Florence Aubenas. "Nous saluons la libération de
Giuliana Sgrena intervenue ce soir en Irak. Nous partageons la
joie de sa famille et de ses proches qui ont traversé des
moments difficiles jusqu'à ce soir et celle de tous les
Italiens", déclare le porte-parole du Quai d'Orsay,
Hervé Ladsous, dans un communiqué.
Après deux mois de silence, l'envoyée
spéciale de Libération a appelé à
l'aide dans une cassette-vidéo diffusée mardi. Elle
apparaît seule sur les images, très amaigrie, et
dit être en mauvaise santé physique et psychologique.
En anglais, elle demande l'aide de Didier Julia, auteur en septembre
d'une tentative rocambolesque de libération de Georges
Malbrunot et Christian Chesnot.
Après avoir mis en demeure le député UMP
de fournir toutes les informations qui pourraient conduire à
la libération de Florence Aubenas, Jean-Pierre Raffarin
l'a écarté jeudi, récusant toute "diplomatie
parallèle" et s'adressant directement aux ravisseurs
de la journaliste.
"Après tout le tohu-bohu qui a suivi la diffusion
de la vidéo de Florence, enfin une bonne nouvelle",
s'est réjoui le secrétaire général
de Reporters sans frontières, Robert Ménard. "Nous
voulons voir dans cette libération un signe d'espoir pour
Florence Aubenas et Hussein Hanoun. Nous sommes profondément
heureux et émus. Les efforts de chacun, en particulier
de la presse et du gouvernement italien, ont finalement payé".
Depuis l'annonce de l'enlèvement de la journaliste italienne,
il y a exactement un mois, RSF avait affiché son portrait
à côté de ceux de Florence Aubenas et Hussein
Hanoun place de la République. Il sera décroché
lundi à 15h, fait savoir l'organisation qui a reporté
la balade en rollers qu'elle comptait organiser vendredi soir
en soutien à Florence Aubenas à cause des intempéries.
Elle aura finalement lieu le 25 mars.
4
mars 08h20 – France-Inter
"Question directe"
de Pierre Weill. Invité: Jean-François Coppé,
porte-parole du gouvernement.
P. Weill: Alors, un jour, c’est la main
tendue à Didier Julia devant l’Assemblée Nationale.
Le lendemain, on lui dit "non merci, on se passera de vos
services". Jean-Pierre Raffarin dit hier devant les représentants
des partis politiques qu’il recevait : "Julia ne sait
rien et Juila ne sert à rien". Alors on se demande
pourquoi Jean-Pierre Raffarin a d’abord réhabilité
Julia en s’adressant à lui directement devant l’Assemblée
Nationale mercredi, Didier Julia qui avait quand même traité
votre collègue Barnier de "nul" lors de l’affaire
Chesnot-Malbrunot. Est-ce que notre diplomatie ne sort pas de
tout cela, disons "chahutée", "ridiculisée",
je prends des… des termes lus dans la presse, ce matin?
J-F. Coppé: C’est évidemment des termes que
je ne partage pas. Moi, je voudrais rappeler qu’il y a comme
toujours dans toutes ces affaires difficiles et douloureuses,
il y a les… ceux qui commentent, ce qui est normal, et puis
il y a ceux qui agissent et qui sont en responsabilité.
Pardon, mais il faut bien qu’il y ait quelqu’un qui,
sur votre antenne, le dise. Le… la disparition de Florence
Aubenas a conduit l’ensemble de nos services, vous le savez,
à une mobilisation totale… totale pour la retrouver.
La dernière cassette qui a été diffusée
montre Florence Aubenas vivante. Chacun évidemment a ressenti
avec l’émotion que l’on sait… cette image
mais aussi chacun a entendu le fait qu’elle a fait appel
à Didier Julia. Il était donc du devoir du gouvernement
et des services d’entendre Didier Julia et c’est très
exactement ce qui a été fait, sachant que…
P. Weill: ça pouvait se faire discrètement, peut-être,
non?
J-F. Coppé: Pourquoi…
P. Weill: cet appel de Jean-Pierre Raffarin devant tout l’hémicycle…
J-F. Coppé: Je ne comprends pas…
P. Weill: à Didier Julia…
J-F. Coppé: Excusez-moi, mais je ne comprends pas…
P. Weill: On connaît le personnage quand même…
J-F. Coppé: Cela veut dire quoi "tout l’hémicycle"
ou "pas tout l’hémicycle"? Je rappelle
quand même que la cassette a été diffusée
à l’ensemble de nos compatriotes. C’est l’ensemble
des Français et des Françaises qui a vu cette cassette
et qui sont en droit de savoir comment nous travaillons. Il était
donc tout à fait légitime que le Premier ministre,
euh… prenne à ce moment-là ses responsabilités
et dise : "très bien, je demande aux services de…,
de…, de rencontrer Didier Julia et de savoir s’il
a des informations"…
P. Weill: Jean-François Coppé…
J-F. Coppé: il est sorti de tout cela qu’il n’en
avait pas!
P. Weill: Didier Julia, pour vous, c’est un mythomane?
J-F. Coppé: Je ne rentre pas dans ces qualificatifs. Après
tout, tous ceux qui commentent tout cela… ont le choix des
mots dans ce domaine. Je dirai que de ce point de vue, ce n’est
pas mon travail. Ce que chacun doit bien comprendre, c’est
que nous agissons en responsabilité et qu’à
partir du moment où cet appel avait été lancé
à Didier Julia , il était tout à fait normal
que les services interrogent Didier Julia. Y’a pas d’information
nouvelle et surtout il n’y a pas de diplomatie parallèle.
P. Weill: Didier Julia a rencontré le patron de la DGSE
hier. Vous confirmez que tout ce qu’il a dit n’a aucun
intérêt?
J-F. Coppé: Ben écoutez, c’est en tout cas
ce qu’est ressorti de… des conclusions tirées
par le directeur de la Direction générale de la
sécurité extérieure.
4 mars
08h15 – France-Inter – "Géopolitique"
/ Emmanuel Leclerc
Retour sur ce qu’il faut bien appeler cette
deuxième affaire Julia avec depuis hier ce bras de fer
avec le gouvernement, Didier Julia qui tente de revenir dans la
négociation pour obtenir la libération de Florence
Aubenas. Eh bien, tout cela a tourné court avec les nouvelles
déclarations de Jean-Pierre Raffarin.
Il y avait comme un flottement à l’issue
du discours de Jean-Pierre Raffarin avant-hier devant les députés,
un problème d’interprétation qui est apparu
y compris dans les dépêches d’agences de presse,
ce qui est assez rare. Comme un malaise également, on l’a
vu, dans les rangs des députés. Alors, injonction,
sommation ou réhabilitation publique du député
pestiféré de la majorité?
Eh bien, depuis hier, on est fixé : il est hors de question
de voir Didier Julia repartir avec ses acolytes du côté
de Bagdad ou de Damas. Jean-Pierre Raffarin a donc mis de la clarté
dans ses intentions après avoir soigneusement attendu la
visite de la DGSE à Didier Julia, un huit clos d’une
heure trente tout de même, mais visiblement le député
n’avait qu’une idée en tête: oui, il
est prêt à collaborer totalement avec le gouvernement
mais à ses seules conditions. On le sait, il a besoin de
ses collaborateurs pour qu’ils aillent, dit-il débroussailler
le terrain avant que lui-même éventuellement n’intervienne.
Des «mini dominici» pour l’instant sous contrôle
judiciaire strict qui reviendraient par la grande porte. Scénario
idéal mais la porte semble avoir claqué très
fort avec ces mots du Ministre : inacceptable!
Porte qui claque très fort donc, mais alors pourquoi l’avoir
entrouverte ces derniers jours? Est-ce que cela veut dire qu’en
72 heures sur le terrain, il s’est déjà passé
beaucoup de choses et que l’on n’a plus besoin des
services d’un trio que la DGSE n’avait de toutes façons
jamais voulu revoir dans la partie? Un proche de l’Elysée
nous disait hier qu’il n’y avait là rien de
vraiment surprenant ni de la part de Julia –souvenez-vous
quand même à qui on a à faire- ni de la part
du gouvernement d’ailleurs : trop de passif, trop de méfiance
pour dire : «Mais bien sûr, Monsieur Julia, allez-y
! Feu vert pour un plan B mais cette fois avec les appuis officiels
qu’il vous faut. Peut-être un avion, aussi ? pas besoin
de celui de Gbagbo…».
Mais non, il n’y aura pas d’aller-retour pour Bagdad
ou Damas. Damas, la Syrie, son éventuel rôle dans
cette affaire, «cette hypothèse légitime »
confiait un diplomate hier soir. Est-ce que cela veut dire qu’en
72 heures sur le terrain, il s’est déjà vraiment
passé beaucoup de choses ? Ce qui serait un signe positif
en vue d’une libération prochaine de Florence Aubenas
et d’Hussein Hanoun.
A regarder les grandes manœuvres autour de la Syrie en ce
moment où la France est très impliquée, les
négociations en cours sur l’Irak et le Liban, il
y a des liens naturels que pas mal d’observateurs de la
région ont déjà fait. Des liens, à
défaut de certitudes, sur tout ce qui pourrait maintenant
aboutir à une libération rapide car depuis 72 heures,
depuis que l’on sait que Florence Aubenas est en vie, qu’y
a-t-il de plus sur le fond ? Rien. Sur la forme en revanche, tout
a changé. Pendant plus de 50 jours le gouvernement n’avait
rien dit ou presque. Depuis l’irruption des vidéos
et de ce nom fantôme, si réel, Julia, là c’est
un déluge comme si depuis que les premiers d’otages
ont décidé d’aller sur le terrain médiatique,
Matignon et le Quai d’Orsay avaient choisi la même
option. Les ravisseurs se servent de Julia à leur façon,
Paris aussi. Ce sont les règles du jeu qui ont changé
depuis 72 heures et c’est toujours aussi difficile à
suivre.
4 mars
- Didier Julia interrogé par Renaud Bernard – France
Inter 08h05
"Si le Premier ministre fait cette déclaration,
je suppose que c’est que les services sont en train de libérer
Florence Aubenas et par conséquent, qu’il n’a
donc pas besoin de moi et c’est pas un problème pour
moi ! Et j’en suis,… j’en suis d’avance
très heureux pour Florence Aubenas. Simplement on va voir
les choses comme elles vont se passer et bien entendu s’il
arrive malheur à Florence Aubenas, je confirme que j’étais
engagé à 100% pour utiliser tous mes contacts afin
de la sortir de là!"
3 mars,
20h07 - AFP
Julia: "Je n'ai jamais exigé
de travailler seul" dans l'affaire Aubenas
Le député UMP Didier Julia a affirmé jeudi
soir à l'AFP qu'il n'avait "jamais exigé de
travailler seul" dans l'affaire de l'enlèvement en
Irak de la journaliste Florence Aubenas, en réponse à
des accusations portées peu auparavant par le Premier ministre.
A l'issue d'une rencontre avec les responsables politiques, Jean-Pierre
Raffarin a déclaré que M. Julia avait demandé
à "agir de manière indépendante, avec
ses propres moyens, en parallèle, ce qui est inacceptable".
Répondant à ces propos, M. Julia a déclaré
que cette "polémique n'a pas lieu d'être".
"Ou bien Jean-Pierre Raffarin est en train de faire sortir
Florence Aubenas par les services, auquel cas il n'a absolument
pas besoin de moi et je suis le premier à m'en féliciter,
ou bien il va mettre Florence Aubenas dans une situation extrêmement
difficile", a accusé à son tour M. Julia. "J'ai
dit que je collaborais avec les autorités françaises"
et "je l'ai fait", a ajouté M. Julia, en affirmant
qu'il avait "amené un ensemble d'informations suffisamment
intéressantes" pour que l'entretien qu'il a eu dans
la matinée avec le directeur général de la
sécurité extérieure (DGSE), Pierre Brochand,
"dure une heure".
M. Raffarin a au contraire affirmé qu'il n'y avait "pas
d'élément nouveau, concret" apporté
par M. Julia "qui puisse permettre d'envisager une solution
efficace", lors de cette audition. "J'ai confirmé
que je ne ferai rien en dehors des autorités françaises"
et "je n'ai jamais exigé de travailler seul",
a assuré le député de Seine-et-Marne à
l'AFP, en réaffirmant toutefois qu'il avait "besoin
de ses deux collaborateurs (Philippe Brett et Philippe Evanno)
pour approfondir les contacts". Dans la matinée, M.
Julia avait demandé "instamment" à la
justice "la levée du contrôle judiciaire"
auquel sont soumis MM. Brett et Evanno, qui ont été
mis en examen en décembre 2004 pour "intelligence
avec une puissance ou une organisation étrangère
(...) de nature à porter atteinte aux intérêts
fondamentaux de la Nation".
"Si Jean-Pierre Raffarin estime que je n'ai aucune utilité
dans l'affaire, très bien", a poursuivi M. Julia.
"Mais ce qui est ennuyeux, c'est que les ravisseurs ont demandé
comme médiateur Didier Julia, c'est leur seule exigence",
a poursuivi le député, en se référant
à l'appel lancé sous la contrainte par la journaliste
de Libération.
Sur la chaîne parlementaire LCP-Assemblée Nationale,
le député s'est d'autre part exprimé sur
le fond du dossier. "J'imagine que lors de la sortie des
deux otages français (Georges Malbrunot et Christian Chesnot,
ndlr), il y avait un engagement à publier un message politique,
or ils se sont sentis maltraités", a-t-il dit. "Je
pense qu'il y a un besoin de reconnaissance de la part des forces
de la résistance irakienne", a-t-il ajouté,
estimant que "dans cette affaire Aubenas la Syrie ne joue
strictement aucun rôle et qu'il faut arrêter les imaginations
et les élucubrations sur ce sujet".
3 mars,
19h32 - AFP
Aubenas: Raffarin écarte Julia
et s'adresse directement aux ravisseurs, par Frédéric
Dumoulin
Jean-Pierre Raffarin a écarté jeudi Didier Julia,
qui ne possède, selon lui, aucun "élément
nouveau ni concret" sur l'enlèvement de Florence Aubenas,
et a lancé pour la première fois un appel à
ses ravisseurs pour qu'ils la libèrent rapidement et passent
par les seuls canaux officiels français.
"Je veux dire aux ravisseurs, s'ils m'entendent, que la France
demande la libération rapide" de la journaliste de
Libération et de son guide irakien, enlevés en Irak
le 5 janvier, a lancé le Premier ministre sur un ton solennel
à l'issue d'une réunion à Matignon avec les
responsables politiques. "Si les ravisseurs", qui ne
se sont encore jamais officiellement manifestés, "veulent
engager des discussions, qu'ils s'adressent aux seuls services
officiels de la France", a-t-il insisté. Il a justifié
sa demande -formulée la veille à l'Assemblée-
au député UMP de coopérer avec les services
de renseignements par le fait que la journaliste avait "introduit
son nom dans le dossier".
"Je me devais de tenir compte de ce message. Je souhaite
vraiment que (Florence Aubenas) sache que, quelles que soient
les circonstances de son message, nous sommes très attentifs
à tout ce qu'elle exprime par sa voix mais aussi par son
image", a-t-il fait valoir alors que certains hommes politiques
lui ont reproché d'avoir ramené le député
de Seine-et-Marne dans le jeu, malgré le fiasco de son
équipée pour libérer Christian Chesnot et
Georges Malbrunot, à l'automne dernier. M. Raffarin a également
jugé "inacceptable" la demande de M. Julia "à
agir de manière indépendante, avec ses propres moyens,
en parallèle".
D'autant que, selon les premiers compte-rendus de l'audition du
député, jeudi matin, par la DGSE, le Premier ministre
"constate qu'il n'y a pas d'élément nouveau,
concret qui puisse nous permettre d'envisager une solution efficace".
A l'issue de cette audition, M. Julia avait posé comme
préalable "absolument nécessaire" à
sa coopération et à la réactivation des contacts
dont il affirme disposer au Proche-Orient "la levée
du contrôle judiciaire" touchant ses collaborateurs
Philippe Brett et Philippe Evanno qui l'avaient aidé dans
sa tentative avortée de libérer MM. Chesnot et Malbrunot.
"La France est mobilisée pour obtenir la libération"
de Florence Aubenas et de son guide. "Ce sont les services
officiels français qui sont les seuls habilités
à mener les contacts nécessaires. Il n'y a aucune
diplomatie parallèle. Aucune officine n'est autorisée
à parler sur ce dossier comme sur les autres au nom de
la France", a poursuivi le chef du gouvernement.
"A tous ceux qui, en France comme en Irak, estiment avoir
des informations utiles pour la libération des otages,
je leur dis: +adressez-vous aux services officiels français,
donnez-nous les informations+ (...) Les portes des services français
restent ouvertes, à chaque instant, pour chaque information
nouvelle. Nous sommes disponibles jour et nuit", a ajouté
M. Raffarin, en saluant "l'unité nationale" sur
cette affaire. A l'issue de la réunion à Matignon,
les responsables politiques se sont refusé à tout
commentaire, à l'exception du numéro un socialiste
François Hollande qui a lui aussi souhaité jeudi
qu'il n'y ait "aucun intermédiaire" entre les
autorités françaises et les ravisseurs.
"Avec les socialistes, je considère qu'il ne faut
pas ouvrir de polémique tant que Florence Aubenas et Hussein
sont détenus", a-t-il souligné en mettant en
avant la nécessaire "cohésion nationale".
"Lorsque l'on sait que M. Julia est UMP, il faudrait peut-être
que l'UMP fasse de l'ordre dans ses propres rangs", a-t-il
toutefois ajouté.
De son côté, le ministère de la Défense
a fait savoir dans la journée que l'analyse des deux cassettes
contenant des appels de la journaliste Florence Aubenas "est
difficile" et se poursuit à la DGSE sans avoir "encore
permis d'établir des conclusions certaines".
Jacqueline Aubenas, mère de la journaliste, a dit être
en proie "à un sentiment absolu d'urgence" face
aux images de sa fille.
3 mars,
18h22 - AFP
Aubenas: Raffarin demande aux ravisseurs
de s'adresser aux services officiels
Jean-Pierre Raffarin a demandé jeudi aux ravisseurs de
Florence Aubenas, "s'ils (l')entendent", la "libération
rapide" de la journaliste en les appelant à s'adresser
"aux seuls services officiels" français.
Sur un ton solennel, le Premier ministre a déclaré,
à l'issue d'une rencontre avec les responsables politiques,
que la demande du député UMP Didier Julia d'agir
"de manière indépendante, avec ses propres
moyens, en parallèle" pour la libération de
la journaliste Florence Aubenas était "inacceptable".
"Le parlementaire demande à agir de manière
indépendante, avec ses propres moyens, en parallèle,
ce qui est inacceptable", a-t-il insisté.
M. Raffarin a affirmé qu'il n'y avait "pas d'élément
nouveau, concret" apporté par M. Julia "qui puisse
permettre d'envisager une solution efficace", lors de son
audition dans la matinée par les services de renseignements
dans cette affaire.
S'adressant pour la première fois aux ravisseurs de Florence
Aubenas, enlevée en Irak le 5 janvier avec son guide irakien
Hussein Hanoun Al-Saadi, il a lancé: "je veux (leur)
dire, s'ils m'entendent, que la France demande la libération
rapide de Florence Aubenas et de Hussein Hanoun". "Nous
voulons les revoir dans notre pays rapidement (...) Si les ravisseurs
veulent engager des discussions, qu'ils s'adressent aux seuls
services officiels de la France", a-t-il insisté.
"La France est mobilisée pour obtenir (leur) libération.
Ce sont les services officiels français qui sont les seuls
habilités à mener les contacts nécessaires.
Il n'y a aucune diplomatie parallèle. Aucune officine n'est
autorisée à parler sur ce dossier comme sur les
autres au nom de la France", a poursuivi le chef du gouvernement.
"A tous ceux qui, en France comme en Irak, estiment avoir
des informations utiles pour la libération des otages,
je leur dis: "adressez-vous aux services officiels français,
donnez-nous les informations" (...) Les portes des services
français restent ouvertes, à chaque instant, pour
chaque information nouvelle. Nous sommes disponibles jour et nuit",
a ajouté M. Raffarin. "La France est mobilisée,
le gouvernement est mobilisé, je suis mobilisé pour
la libération" des otages. "Je souhaite que nous
puissions, dans l'unité nationale, obtenir cette libération.
J'ai constaté que tous les partis politiques sont aujourd'hui
rassemblés derrière l'action du gouvernement",
a-t-il conclu.
3 mars,
16h03 - AFP
Le PE appelle à la libération
immédiate des otages en Irak
Le Parlement européen (PE) a appelé jeudi à
la libération des journalistes enlevés en Irak,
demandant aux institutions européennes de se mobiliser
en faveur de la Française Florence Aubenas, de son guide
Hussein Hanoun al-Saadi et de l'Italienne Giuliana Sgrena.
Dans une déclaration écrite, les présidents
des groupes politiques au PE ont appelé à "la
libération immédiate de tous les journalistes enlevés
en Irak ainsi qu'à celle de tous les otages". Ils
demandent en outre "à toutes les institutions européennes,
à tous les gouvernements et à toutes les collectivités
territoriales de se mobiliser en faveur de Giuliana Sgrena, de
Florence Aubenas et de son guide interprète Hussen Hanoun
al-Saadi". "Tous les moyens doivent être mis en
oeuvre pour que les médias puissent remplir leurs tâches
partout dans le monde", poursuivent les présidents
de groupe, qui ont décidé d'apposer les portraits
des deux journalistes et du guide interprète dans les locaux
du PE.
De son côté, le président du PE, Josep Borrell,
a estimé "fondamental de poursuivre sans relâche
la mobilisation autour des otages afin de faire pression sur les
auteurs de ces rapts odieux". Florence Aubenas, du quotidien
Libération, a disparu le 5 janvier à Bagdad avec
son guide. Giuliana Sgrena, envoyée spéciale du
journal Il Manifesto en Irak, a de son côté été
enlevée le 4 février.
La Commission européenne "partage l'émotion
de tout le monde face à l'enlèvement des journalistes
quels qu'ils soient. C'est bien sûr une douleur pour les
familles et pour la personne en question que nous partageons totalement",
avait un peu plus tôt indiqué la porte-parole de
l'exécutif européen devant la presse. Interrogée
sur l'absence de réaction de Bruxelles jusqu'ici dans cette
affaire, la porte-parole, Françoise Le Bail, a simplement
expliqué que "la pratique de la Commission n'est pas
de réagir chaque fois qu'il y a des enlèvements".
En soutien aux otages, un rassemblement est par ailleurs organisé
mardi soir à l'Atomium de Bruxelles par l'association qui
gère l'édifice construit pour l'exposition universelle
de 1958, en collaboration avec Libération, Il Manifesto,
l'association Reporters sans Frontières et le Comité
de soutien pour Florence Aubenas et Hussein Hanoun.
3
mars, 14h15 - AFP
Aubenas: l'analyse des cassettes "est
difficile" et se poursuit (Défense)
L'analyse des deux cassettes contenant des appels de la journaliste
Florence Aubenas "est difficile" et se poursuit à
la DGSE sans avoir "encore permis d'établir des conclusions
certaines", a déclaré jeudi le porte-parole
du ministère de la Défense Jean-François
Bureau.
"Le travail d'expertise, d'analyse de ces cassettes, de ces
documents, se poursuit. Il est difficile", a souligné
M. Bureau lors du point de presse hebdomadaire du ministère.
"A ce jour, il n'a pas encore permis d'établir des
conclusions certaines, notamment de pouvoir cerner plus précisément
l'écart éventuel qui existe entre le moment où
ces cassettes nous sont parvenues et le moment où elles
ont été enregistrées", a-t-il indiqué.
Selon le porte-parole, "ce sont les services de la DGSE (Direction
générale de la sécurité extérieure)
qui sont chargés d'expertiser ces documents, avec les difficultés
que cela représente et la mobilisation des moyens que l'on
connaît".
M. Bureau a par ailleurs confirmé que des "contacts
ont été pris" entre la DGSE et Didier Julia
jeudi matin, au lendemain de la déclaration du Premier
ministre Jean-Pierre Raffarin informant l'Assemblée qu'il
avait demandé au directeur général de la
sécurité extérieure Pierre Brochand de "prendre
contact" avec le député UMP.
Le porte-parole a précisé par ailleurs que "l'ensemble
des moyens, qui était mobilisé pour la libération
de Chesnot et Malbrunot, n'a jamais cessé sa marche",
en raison du calendrier très bref entre la libération
des deux journalistes et la disparition de Florence Aubenas. "Les
choses sont restées en l'état. Les équipes
qui étaient mobilisées sur la libération
des journalistes à la fin de l'année ont continué
de travailler", a-t-il dit.
Selon le ministère de la Défense, l'opération
en vue d'obtenir la libération de Christian Chesnot et
Georges Malbrunot avait "mobilisé constamment 100
personnes et également une quinzaine de postes à
l'étranger" et "plusieurs dizaines de milliers
de communications avaient été interceptées,
réalisées et analysées".
3
mars, 13h22 - AFP
Aubenas: Julia s'est entretenu avec les
services français mais pose ses conditions, par
Lucie Peytermann
Sollicité mercredi par Jean-Pierre Raffarin, le député
UMP Didier Julia s'est entretenu jeudi avec les services français
en vue de la libération de Florence Aubenas, mais a posé
des conditions en demandant "instamment" à la
justice la levée du contrôle judiciaire sur ses collaborateurs.
Mercredi à l'Assemblée, le Premier ministre avait
sommé le député de coopérer avec les
services de renseignement français pour la libération
de la journaliste, tout en soulignant qu'il ne pouvait y avoir
de "diplomatie parallèle". Jeudi matin, Didier
Julia a affirmé à l'AFP s'être entretenu à
l'Assemblée pendant une heure avec le directeur général
de la sécurité extérieure (DGSE), Pierre
Brochand. Il n'a donné aucune indication sur la teneur
de cet entretien. Dans un communiqué transmis à
l'AFP un peu plus tôt, le député assurait
qu'"aujourd'hui comme hier", il était "à
la disposition des autorités françaises afin de
faire tout ce qui sera en (son) pouvoir pour obtenir la libération
de Florence Aubenas".
Dans une vidéo diffusée mardi, la journaliste, enlevée
le 5 janvier à Bagdad, a lancé un appel à
l'aide à M. Julia. "J'en appelle particulièrement
à Monsieur Didier Julia, le député français.
S'il vous plaît M. Julia, aidez-moi. C'est urgent",
déclare-t-elle notamment.
Dans son communiqué, le député se dit "extrêmement
choqué par l'état de totale détresse et de
grande faiblesse" de Florence Aubenas. Mais "pour permettre
ce travail", M. Julia oppose un préalable "absolument
nécessaire": la "levée du contrôle
judiciaire" sur ses collaborateurs Philippe Brett et Philippe
Evanno. Les deux hommes, qui avaient participé à
l'automne dernier à une tentative avortée de libération
des ex-otages en Irak Christian Chesnot et Georges Malbrunot,
ont été mis en examen le 29 décembre pour
"intelligence avec une puissance ou une organisation étrangère".
Sous contrôle judiciaire, ils ont interdiction de quitter
le territoire français.
"Je demande instamment une levée du contrôle
judiciaire qui les empêche de communiquer avec moi et leur
interdit également d'entrer en relation avec certaines
personnalités irakiennes incontournables dans cette affaire",
assure M. Julia. MM. Brett et Evanno "connaissent tous mes
contacts en Irak et disposent en outre, eux-mêmes, de nombreuses
autres relations dans ce pays qui sont absolument indispensables
à la médiation sollicitée", poursuit-il.
Didier Julia a précisé à l'AFP que les membres
de la DGSE venus le rencontrer à l'Assemblée étaient
"au courant" de sa demande de levée du contrôle
judiciaire de ses deux collaborateurs. Le député
conclut son communiqué en affirmant que la libération
de Florence Aubenas "ne peut être la conséquence
que d'une mobilisation de tous, sans dissensions ni polémiques
stériles et dangereuses, afin de faire prévaloir
le respect de la personne humaine".
Dans une déclaration à l'AFP mercredi, la direction
de Libération s'est interrogée sur le rôle
du député. "Didier Julia prétend qu'il
connaît les ravisseurs et que les ravisseurs le connaissent,
pourquoi n'a-t-il pas lancé un appel en faveur de Florence
et utilisé ses prétendues influences", a déclaré
Patrick Sabatier, directeur adjoint de la rédaction. "Quand
le journal l'a approché en ce sens, il s'est refusé
à le faire", a ajouté M. Sabatier, qui s'est
demandé pourquoi M. Julia, "puisqu'il prétend
savoir, n'a pas informé les services secrets et nous-mêmes".
3 mars - 08h00 - Journal de France-Inter
- Gaétan Force, député PS de la Nièvre,
au micro de Frédéric Pommier.
"Je dois dire que l’on a été,
je crois, sur les bancs, assez stupéfaits effectivement
de la démarche entreprise par le Premier ministre dans
la mesure où ce genre d’interpellations appelle plutôt
au contraire une explication, j’imagine entre le gouvernement
et le député qui appartient à la majorité,
sur les informations qu’il détient plutôt qu’une
interpellation politique de cette nature. On a le sentiment, c’est
vrai, que cette déclaration était un tout petit
peu déplacée, mais enfin, ce qui compte maintenant
c’est que toutes les informations soient réunies
pour trouver une solution à la situation dramatique dans
laquelle se trouve Florence Aubenas et que le temps n’est
pas à la polémique, même si je vous le dit,
il y a une sorte de stupéfaction à avoir entendu
le Premier ministre s’exprimer d’une façon
inhabituelle dans l’hémicycle à l’égard
d’un parlementaire avec lequel il peut normalement entretenir,
à travers les responsabilités qui sont les siennes,
des relations directes, surtout sur un sujet de cette gravité."
3 mars – C’est dans le journal - Jean-Yves
Chaperon - RTL Matin
Il y a deux jours encore, on le croyait aux oubliettes
de l'actualité, le voilà qui fait son retour fracassant
à la Une. Il est "Le Recours", pour le Républicain
Lorrain en première page : "Raffarin appelle Julia
à la rescousse", titre à la Une de la
Nouvelle République. Mais la sollicitation du Premier ministre
hier devant l'Assemblée est aussi perçue dans le
Figaro, davantage comme une avertissement qu'un retour en grâce
: "Raffarin met Julia en garde", c'est le titre
ce matin du Figaro.
Il n'empêche, dans le journal, on prend ça comme
une sacré volte-face
Oui, "enterré, vilipendé, discrédité
en décembre, le voilà bon pour reprendre du service
en mars. Didier Julia, le pied nickelé de la République
est donc de nouveau fréquentable. Quelle revanche ! Le
gouvernement abat la carte Julia. Il n'a visiblement pas d'autre
choix. Pour prendre le chemin de Damas, le Premier ministre est
contraint d'aller à Canossa", c'est le jugement
dans la Nouvelle République d'Hervé Cannet.
"Pestiféré hier, fréquentable aujourd'hui.
Didier Julia savoure le plaisir de croire que sans lui, la France
est incapable de nouer le moindre contact avec les ravisseurs.
Le gouvernement a t'il cette fois vraiment besoin de lui ? Auquel
cas c'est un aveu de faiblesse", c'est écrit
là dans l'Est Républicain par Pierre Taribo. Dans
le Républicain Lorrain, Philippe Waucampt trouve que "la
réintroduction de ce Mister Bean de la diplomatie parallèle
a quelque chose de tellement pathétique que c'en serait
risible si des vies n'étaient encore une fois en jeu".
Voilà, pour ce retour, l'accueil n'est pas franchement
chaleureux dans le journal, autant en ce qui concerne le personnage
Julia proprement dit, que la décision de le remettre en
selle.
Dans Libération, on lit aussi que le journal a offert hier
à Didier Julia de lancer dans ses colonnes un appel solennel
aux ravisseurs pour qu'ils libèrent leurs otages, mais
il a décliné l'invitation et a préféré
aller s'exprimer sur la chaîne Al Jazeera. (…)
3 mars
– C’est juste mon avis – Jeanine Perrimond /
RTL Matin
Que faut-il faire avec les vidéos de Florence
Aubenas enregistrées sous la contrainte par ses ravisseurs
?
Les chaînes de télé ont fait preuve de rigueur
professionnelle et de pudeur aussi, en ne diffusant pas la vidéo
de Florence Aubenas. Juste une photo, c'était bien suffisant
pour comprendre. Pas la peine de montrer plus longuement quelqu'un
qui souffre, à ce point. Puis aussi, c'est un principe.
On évite, dans la mesure du possible, de donner de l'écho
aux propos enregistrés sous contrainte. On sait bien que
cette cassette, ce sont des terroristes qui l'ont donné
aux médias, pour en faire un instrument de pression. Pour
nous terroriser. C'est exactement ce qu'ils cherchent. Donc diffuser
des vidéos de ce genre revient un peu à faire leur
jeu. Cela dit, des journaux, très respectables, ont mis
cette cassette en ligne, sur leur site Internet. Et, surprise,
les proches de Florence Aubenas, son comité de soutien
aussi, n'y voient pas d'inconvénient. Même la plupart
d'entre eux approuvent. "Il faut montrer la vérité,
ce que vit Florence", disent-ils. "Si ça bouleverse
l'opinion publique, tant mieux .Il est nécessaire que tout
le monde soit mobilisé. Ca ne pourra qu'aider les négociateurs".
Or, on en est à la deuxième affaire de journalistes-otages.
Les gens savent ce qui se passe. Mais savoir et voir n'est pas
la même chose, comme a dit une auditrice. C'est vrai qu'avec
cette vidéo, on réalise ce que veulent dire ces
mots un peu abstraits, Florence et Hussein, 57ème jour
de captivité. Que fait-on subir à Florence Aubenas,
connue pour son courage, pour qu'elle soit dans cet état
? Alors diffuser ou pas diffuser... De toutes façons, l'heure
n'est pas aux débats. C'est de solidarité dont ont
besoin les otages. Enfin, c'est juste mon avis.
2
mars, 21h20 - AFP
S. July (Libération): la cassette
est un soulagement et un espoir
La cassette vidéo diffusée mardi concernant Florence
Aubenas expose la souffrance de la journaliste de Libération
enlevée en Irak mais elle apporte le soulagement de la
savoir vivante et l'espoir qu'une solution positive puisse être
trouvée, a affirmé mercredi soir à Bruxelles
Serge July, le directeur du quotidien français.
Si Florence Aubenas, comme la journaliste otage italienne Giuliana
Sgrena "sont vivantes, on peut penser qu'une issue positive
peut être trouvée", a expliqué M. July
après une rencontre avec le président du Parlement
européen Josep Borrell. Il était accompagné
notamment par Carla Casalini, chef du service européen
du quotidien Il Manifesto, journal de Mme Sgrena, apparue elle-même
sur une cassette vidéo diffusée le 16 février
dernier.
"En tout cas, il n'y a pas de menace dans la cassette concernant
Florence. J'y vois plutôt la forme d'un espoir", a-t-il
expliqué. Mais si ce document répond à une
question, en indiquant que Florence Aubenas était en vie
"à une date déterminée", "on
peut penser que cela pose énormément de questions
auxquelles nous n'avons pas de réponse", a ajouté
le directeur de Libération.
"Nous sommes tous touchés par la cassette que nous
venons de voir", a indiqué Josep Borrell. "L'Europe
doit se mobiliser", a-t-il poursuivi, en promettant l'appui
du Parlement européen à toutes les initiatives prises
pour obtenir la libération des otages. Il annoncé
une déclaration solennelle de la présidence à
l'ouverture de la prochaine session du PE. François d'Orcival,
directeur de la publication de Valeurs Actuelles et président
de la Fédération de la presse française,
ainsi que des membres de l'association Reporters sans Frontières,
accompagnaient Serge July et Carla Casalini. "L'information
est une matière précieuse et rare. Il faut la sauvegarder",
a affirmé Mme Casalini.
Evoquant "les 29 confrères irakiens" tués
en Irak l'an dernier, Serge July a affirmé qu'il ne s'agissait
pas d'une affaire française ou italienne. "La liberté
de circuler, d'informer, partout, en tous lieux, à tout
moment, sont au coeur du projet européen, de notre civilisation,
de notre conception générale de la démocratie",
a-t-il expliqué.
Disparue depuis le 5 janvier en compagnie de son guide irakien
Hussein Hanoun Al-Saadi, Florence Aubenas lancé, dans la
cassette non datée diffusée mardi, un appel au secours
adressé en particulier au député français
Didier Julia. Pour un membre de la délégation reçue
à Bruxelles par le président du Parlement européen,
cette cassette est une indication que les ravisseurs cherchent
un contact avec les autorités françaises. "Les
liens de Didier Julia sont en Syrie", ajoute-t-il, en estimant
que cet appel, à l'évidence dicté, au parlementaire
UMP (droite) peut être perçu aussi bien comme une
ouverture que comme une menace de la part de ceux qui détiennent
Florance Aubenas.
2 mars
2005 - Journal de 19h00 – France-Inter
Jean-Pierre Raffarin demande à
Didier Julia de coopérer avec les services secrets français,
c’est le revirement surprenant de cette affaire d’enlèvement
en Irak.
(…)
Elle (Florence Aubenas, ndt) appelle
à l’aide le député français
UMP Didier Julia dont la tentative en solo de libérer deux
autres otages Chesnot et Malbrunot avait été qualifiée
«d’équipée rocambolesque». Le
député UMP dont l’action avait probablement
gêné le gouvernement français fait l’objet
d’une information judiciaire. Pourtant, aujourd’hui,
à l’Assemblée, c’est vers lui que le
Premier ministre s’est tourné:
"Florence Aubenas a lancé un appel à un
parlementaire français qui a déclaré connaître
probablement les ravisseurs. J’ai demandé au Directeur
général de la Sécurité extérieure
de prendre contact avec lui, de prendre contact avec vous, Mr
le Député, pour recueillir toutes les informations
qui pourraient être nécessaires pour que les services
de notre république puissent agir, pour que nous puissions
faire en sorte que la République agisse dans une seule
direction, sous une seule autorité, sans accepter aucune
diplomatie parallèle."
A l’Assemblée, Jean Pierre Raffarin a également
annoncé qu’il reprendrait demain à Matignon
ses réunions d’information avec les partis politiques
pour faire le point sur la situation de Florence Aubenas et de
son guide Hussein Hannoun Al Saadi.
Et hier, Didier Julia demandait à la justice de lui rendre
sa liberté d’action. Il se disait prêt à
collaborer avec le gouvernement. Il déclarait également
qu’il connaissait depuis un mois le lieu de détention
de Florence Aubenas ainsi que l’identité de ses ravisseurs.
Hier qualifié de «Pied Nickelé», il
revient donc aujourd’hui sur le devant de la scène,
au moins comme un intermédiaire possible. Le député
UMP Lionel Lucas ne comprend pas l’attitude du Premier ministre
cet après-midi. Il le dit à Frédéric
Pommier :
"On peut quand même regretter que l’on donne
des signes publics vis-à-vis de tel ou tel que tout le
monde connaît. Je pense que l’on serait peut-être
mieux inspiré de continuer la discrétion ; que de
tous les cotés on évite ce qui peut, pour le public,
être un spectacle. Peut-être dans un bureau, c’était
mieux que de le faire publiquement. Moi, en tant que parlementaire,
j’ai mal vécu cette façon de faire. Le Premier
ministre, c’est le Premier ministre de la France et il s’adresse
à tous. Et pas spécialement à des noms jetés
en pâture par des gens pas fréquentables. Et puis
si on a des choses à dire à des parlementaires ou
à des gens qui sont en prise peut-être… là,
ça se fait dans un bureau et pas en séance. Et je
ne vois vraiment pas en quoi ça peut amener quelque chose
de positif ; ça ne peut qu’empirer une situation
qui a l’air déjà bien compliquée. Je
me demande ce que nos concitoyens ont pu penser de cette scène."
Cette vidéo de Florence Aubenas, seule
sans son guide, nous donne effectivement les premières
nouvelles de la journaliste depuis son enlèvement il y
a 56 jours maintenant. La vidéo jette également
le trouble car elle pose plus de questions qu’elle n’apporte
de réponses, d’abord sur la santé de la journaliste
de Libération, mais aussi sur l’action du gouvernement
français pour la libérer et sur le rôle que
pourrait jouer Didier Julia. Et il faut bien le dire, ce soir,
Françoise Degoix, on a du mal à y voir clair.
«Oui, c’est un euphémisme. D’un côté,
Jean-Pierre Raffarin, vous venez de l’entendre, théâtralise
son appel à Didier Julia, lequel d’ailleurs est assis
en face de lui sur les bancs de l’Assemblée et reste
de marbre. Julia voué aux gémonies à l’automne,
critiqué par la quasi-totalité des parlementaires
et par le ministre des affaires étrangères Michel
Barnier, voilà donc ce député pestiféré
réhabilité en quelque sorte par le Premier ministre
cet après-midi. Pourquoi ? D’abord il est évident
que Jean-Pierre Raffarin ne veut pas insulter l’avenir et
ne ferme aucune porte, pas même celle de Julia, au risque,
vous l’avez entendu, de se faire critiquer par sa majorité.
Critiqué aussi, Jean-Pierre Raffarin, par Didier Julia
lui-même.
Nous l’avons joint il y a quelques minutes au téléphone,
et il est très en colère. "J’aurais
préféré que Monsieur Raffarin me téléphone
pour me prévenir au lieu de faire ce cinéma ridicule"
dit-il. Il affirme n’avoir aucun contact téléphonique
avec personne sauf Edouard Balladur, une seule fois, et attend
que le patron de la DGSE l’appelle pour lui donner ses informations.
Par ailleurs, il a nié avoir rallumé ses contacts
sur l’affaire Aubenas en février, mais confie en
revanche qu’il a réactivé ses réseaux
en Irak depuis hier. Alors entre la peur de mettre en danger la
vie de Florence Aubenas, les coups de billards à 18 bandes
et les mensonges patentés, la séquence aujourd’hui
est impossible à décrypter dans sa totalité.
2 mars,
19h02 - AFP
Aubenas: Raffarin somme Julia de livrer
les informations dont il disposerait, par Valérie
Leroux et Frédéric Dumoulin
Au lendemain de la diffusion d'une vidéo de Florence Aubenas
en appelant à Didier Julia, Jean-Pierre Raffarin a mis
en demeure mercredi le député UMP de livrer les
informations dont il affirme disposer au risque, en sollicitant
sa coopération, de le remettre en selle. La journaliste
de Libération, disparue le 5 janvier en Irak avec son guide
irakien, "a lancé un appel à un parlementaire
français qui a déclaré connaître probablement
les ravisseurs", a déclaré le Premier ministre
à l'Assemblée.
"J'ai demandé au directeur général de
la sécurité extérieure (Pierre Brochand)
de prendre contact avec lui, de prendre contact avec vous, M.
le député", a-t-il insisté en s'adressant
à M. Julia, présent dans l'hémicycle, sans
jamais le citer nommément. Une façon de mettre devant
ses responsabilités ce parlementaire, voué aux gémonies
par les milieux politico-médiatiques depuis son équipée
malheureuse en Syrie, fin septembre, visant à libérer
deux autres journalistes otages en Irak, Christian Chesnot et
Georges Malbrunot.
Il ne s'agit pas d'un appel à collaboration, mais plutôt
de s'assurer avec les services de renseignements si M. Julia dispose
ou non d'informations, a fait valoir l'entourage de M. Raffarin.
M. Julia s'est dit mardi prêt à se mettre "à
la disposition" du gouvernement car il "connaît
probablement les ravisseurs" et "peut rallumer les contacts"
qu'il dit avoir dans la région. "Toute personne qui
croirait détenir des informations sérieuses a le
devoir de les porter immédiatement et sans condition à
la connaissance des autorités", a averti M. Raffarin.
Le Premier ministre a surtout mis l'accent sur la nécessité
"d'agir sous une seule autorité", celle de son
gouvernement, en excluant "toute diplomatie parallèle"
qui avait été reprochée à M. Julia
à l'automne dernier.
"Nous souhaitons obtenir cette libération par l'action
de la France, par l'action de ses services", a-t-il martelé
dans un discours que le député de Seine-et-Marne
n'a pas applaudi.
Signe que le ton a changé à l'égard de M.
Julia, le ministre des Affaires étrangères Michel
Barnier, qui avait reproché à Didier Julia d'avoir
"manqué d'esprit civique" au moment de l'échec
de son opération pour Chesnot et Malbrunot, a déclaré
au Monde qu'il "faut tirer tous les fils possibles et explorer
toutes les pistes".
"Aucune porte ne doit être fermée", a renchéri
le député UMP Alain Marsaud, ancien juge antiterroriste,
en soulignant que M. Julia avait "prouvé qu'il avait
de l'entregent sur place".
La gauche, qui avait l'an dernier dénoncé "l'opération
pieds nickelés" de M. Julia, s'est elle aussi refusé,
par la voix de Jean-Marc Ayrault (PS), à toute "polémique".
Mercredi, le gouvernement semblait n'avoir pas d'explication sur
le sens à donner à l'appel à l'aide de Florence
Aubenas à Didier Julia. Soulignant qu'il ne pouvait "pas
encore déterminer les dates exactes des cassettes"
montrant la journaliste -une autre ayant été montrée
à la famille Aubenas le 24 février- M. Raffarin
a même lancé: "ou les images sont vraies et
elles sont insupportables ou ces images sont fabriquées
et elles sont inacceptables". Il a par ailleurs confirmé
qu'"aucune revendication" n'avait été
formulée ni "aucun dialogue" établi "avec
des ravisseurs authentifiés".
Mercredi, la presse française évoquait un éventuel
rôle de la Syrie -de plus en plus sous pression depuis l'assassinat
récent de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri-
après l'appel à l'aide adressé à M.
Julia.
Une hypothèse reprise par le député Marsaud
qui parle "d'une énorme manipulation de la Syrie".
De son côté, le directeur de Libération, Serge
July, voit dans le "retour" de M. Julia, que la journaliste
ne connaissait pas, un message à la France pour montrer
qu'il y a "un lien avec l'affaire précédente"
Chesnot-Malbrunot.
Enfin, répondant à la demande, notamment, du président
de l'UDF François Bayrou et du numéro un socialiste
François Hollande, M. Raffarin recevra jeudi à Matignon
l'ensemble des responsables politiques représentés
au Parlement pour les informer des développements de l'affaire
Aubenas.
2
mars, 18h36 - AFP
Le président italien appelle
à la libération de Florence et Giuliana
Le président de la République italienne, Carlo Azeglio
Ciampi, a appelé mercredi à la libération
de la journaliste italienne Giuliana Sgrena et de sa consoeur
française Florence Aubenas enlevées en Irak.
"Nous demandons avec force que Giuliana Sgrena et Florence
Aubenas soient libérées. Leur libération
serait une bonne chose pour tous et plus particulièrement
pour l'avenir de l'Irak", a-t-il dit au cours d'une cérémonie
à Rome en présence de nombreux journalistes. "Quand
des journalistes perdent la vie pour avoir voulu faire leur travail
ou qu'ils sont l'objet de violence, je pense naturellement à
Giuliana Sgrena et Florence Aubenas, choisies par leurs ravisseurs
pour avoir exercé avec passion leur métier de chroniqueur,
alors nous nous sentons tous blessés", a poursuivi
le chef de l'Etat.
M. Ciampi s'exprimait en présence des organisateurs et
des participants à un concours italien de journalisme,
le "Prix du chroniqueur - Piero Passetti
La journaliste française Florence Aubenas, disparue à
Bagdad le 5 janvier, a lancé un appel à l'aide urgent
dans une cassette-vidéo diffusée mardi. Son homologue
Giuliana Sgrena a été enlevée le 4 février
et une cassette vidéo de la journaliste italienne a été
diffusée le 16 février.
Mme Sgrena demande elle aussi de l'aide et réclame le retrait
des troupes italiennes d'Irak.
En Italie, des responsables religieux, politiques et associatifs
observent à tour de rôle une grève de la faim
pour demander la libération des journalistes pris en otage
en Irak et s'opposer à la guerre dans ce pays. L'initiative,
baptisée "Combien de jours avant l'aube?", est
destinée à obtenir la "libération de
Giuliana Sgrena, Florence Aubenas et Hussein Hanoun al-Saadi (le
guide de Mme Aubenas) ainsi que des autres personnes enlevées
et de tout le peuple irakien", a indiqué l'un des
participants.
2 mars
– 13h00 France Inter – Interview de François
Loncle, député socialiste, membre de la Commission
des Affaires étrangères à l’Assemblée.
France-Inter : "Etes-vous de ceux qui pensent
que la Syrie peut être impliquée ?
F.Loncle.: "C’est la mode, si j’ose dire…
C’est que maintenant la Syrie est responsable de tout, de
tous les attentas, de toutes les prises d’otages…
Je crois qu’il faut être très prudent, là-dessus.
Il est possible que… il y ait quelques fils, quelques liens
mais de là à mettre ça sur le dos de la Syrie,
je crois que c’est un peu facile. Et moi, je fais confiance
au Ministère des Affaires étrangères, à
l’ambassadeur Bagelet à Baghdad, à la DGSE
pour… exploiter les informations que nous… nous avons
reçu avec ces cassettes en particulier."
France-Inter : "Je sais qu’il est
difficile de parler de ce genre de choses parce que la sécurité
de notre consoeur est en jeu, mais quelle vous paraît être
l’hypothèse la plus crédible et quelle est
l’hypothèse privilégiée comme piste
de travail pour le gouvernement notamment?"
F.L.: "Eh bien, je crois qu’il faut faire exactement
ce qui avait été tenté dans une deuxième
phase, lors de la prise d’otages de Chesnot et Malbrunot,
et c’est le Ministère des Affaires étrangères
et la DGSE qui s’en étaient occupés. Il faut
évidemment localiser et identifier les preneurs d’otages.
Je ne sais pas si la première ou la deuxième cassette
vont être suffisantes pour cette identification qui est
indispensable. Il y a eu des intermédiaires. Serge July
l’a dit dans l’interview qu’il vous accordé
et donc c’est avec ces intermédiaires qu’il
faut traiter. Je crois qu’il faut être à la
fois minutieux, prudent et très actif, y compris d’ailleurs
dans la reprise d’un dialogue avec la Syrie parce que les
relations avec la Syrie sont très mauvaises, extrêmement
mauvaises depuis quelques semaines et je crois qu’il faut
avoir le courage de dialoguer dans ces cas-là."
France-Inter: "Alors, il n’y a pas de revendication,
ce n’est pas un hasard, c’est une stratégie.
Comment l’expliquez-vous ? Est-ce qu’il s’agit
de débuter une sorte…"
F.Loncle.: "Eh bien, écoutez… Au départ,
on a déclaré qu’il s’agissait d’un
enlèvement crapuleux,… Maintenant, si on arrive à
localiser, à identifier un tant soit peu avec les cassettes
qui sont parvenues,… eh bien peut-être que cela va
se transformer dans une prise d’otages avec des considérations
politiques. Mais vous savez, c’est un tel désordre
là-bas qu’on ne peut pas certainement… …
arriver rapidement à une conclusion certaine. En tout cas,…
en tout cas, c’est vrai que Florence Aubenas a, comme tous
les otages, a été manipulée par ses preneurs,
par ses ravisseurs et… et son deuxième témoignage
en fait foi. Visiblement, c’est… c’est triste,
c’est pénible, mais cet appel à Didier Julia
montre bien qu’il y a derrière cela une manipulation
des ravisseurs."
France-Inter: "Une bonne connaissance également
de la politique française?"
F. Loncle: "Oui, enfin, vous savez… il suffisait de
lire les titres des journaux, il y a quelques semaines, mais évidemment
il faut se garder de… de… de laisser, comme la dernière
fois… mon collègue Julia libre de ses mouvements.
Il faut que le gouvernement une fois pour toutes le contrôle
et évite de l’utiliser."
France-Inter: "Alors le fait qu’on
n’ait pas de nouvelles du guide et interprète de
Florence, est-ce quelque chose pour vous qui est porteur d’inquiétudes,
pour lui d’abord, pour Florence Aubenas également
??"
F. Loncle : "Très certainement pour lui. Très
certainement pour lui, mais… cela n’a pas de conséquence
directe sur les espoirs que l’on peut formuler à
juste titre sur Florence Aubenas. Quelle…"
France-Inter: "Mais…
F. Loncle: "Quelle que soit évidemment la… la
difficulté qu’elle ressent et ça s’est
bien vu dans la deuxième cassette."
France-Inter: "François Loncle, un
mot sur ces deux vidéos car il y en a 2, hein ? Celle que
nous avons découverte hier. Il y a celle qui a été
envoyée à la famille de Florence, le 24. Elle a
été enregistrée le 23. On n’en a jamais
entendu parler jusqu’à hier. Pourquoi ce silence?"
F. Loncle: "Je pense que le gouvernement, Monsieur Barnier
a raison de privilégier la famille, privilégier
aussi Libération et Serge July en particulier et que l’information
rendue publique… ça n’est pas ce qu’il
y a de plus important. Je… Je crois que c’est la famille
qui doit recevoir les premières informations. Notamment,
c’est la première fois que l’on voyait Florence
Aubenas. C’est la première fois qu’on avait
des nouvelles car cet enlèvement est d’autant plus
tragique que voilà des semaines que nous n’avions
strictement aucune nouvelle."
2 mars
– 13 h00 France Inter
Interview de Bernard Acoyer, président du groupe UMP à
l’Assemblée nationale.
"C’est au gouvernement de travailler
s’il le faut avec Didier Julia. C’est cela l’essentiel
et je ne vais pas encore une fois faire des suppositions. La situation
est trop grave.
Les pouvoirs publics, le gouvernement, les services exploreront
certainement toutes les voies et pourquoi pas celle-ci bien entendu.
Dans une situation comme celle-ci, ce qui prévaut encore
une fois, c’est l’essentiel. Et l’essentiel,
c’est la prudence, c’est la cohésion. N’allons
pas chercher des polémiques, des interprétations.
Je me suis entretenu hier avec Edouard Balladur, Président
de la commission des Affaires étrangères, qui a
lui, eu lui-même un contact avec Didier Julia et dans ce
contact, il a été précisé par Edouard
Balladur, il a été précisé à
Didier Julia qu’il devait se tenir à la disposition
du gouvernement et que les initiatives personnelles n’étaient
pas souhaitables."
2 mars
– 13 h00 France Inter – Interview de Serge July
"Il y a deux cassettes. Il y a une cassette
qui a été montrée à la famille, le
jeudi dernier, qui est datée du 23. C’est-à-dire
que les ravisseurs ont fait en sorte… qu’ils ont fait
une mise en scène, il y a la date du 23 en anglais. Cette
cassette est intéressante comparée à celle
dont nous avons pris connaissance hier. D’abord celle-là
est passée par les services de l’Ambassade à
Baghdad. Elle a été remise par un intermédiaire
qui cherchait à crédibiliser son statut d’intermédiaire
dans une éventuelles négociation en remettant cette
preuve de vie. Dans cette cassette, Florence apparaît…
fatiguée, mais… ce n’est pas le visage de la
femme qu’on voit dans la deuxième cassette. Le texte
lui-même est au début un peu différent puisqu’elle
parle de son état psychologique mais elle ne le décrit
pas comme aussi mauvais qu’ elle le décrit dans la
deuxième. Et puis surtout, il y a une différence
fondamentale: elle ne parle pas du tout de Julia. Or ça
a été filmé sans doute dans le même
lieu, dans les mêmes conditions, pas le même jour
puisque les vêtements ne sont pas exactement les mêmes
et surtout l’état physique de Florence Aubenas n’est
pas le même."
2 mars
08h32 - AFP
Disparue le 5 janvier à Bagdad où
elle était partie en reportage, la journaliste de Libération
a appelé au secours dans une cassette vidéo diffusée
mardi, où elle apparaît très éprouvée
physiquement et moralement.
"Je lance un appel au député français
Didier Julia. S'il vous plaît, M. Julia, aidez-moi. C'est
urgent, aidez-moi", a-t-elle ajouté. Aucune revendication
n'accompagnait cette cassette, ni le nom du groupe qui la détient,
ni non plus d'indice permettant de dater l'enregistrement. Aucune
mention n'a été faite de son guide irakien, Hussein
Hanoun Al-Saadi.
Cet appel au député Julia (UMP, droite) a beaucoup
surpris dans la mesure où ce dernier semblait largement
discrédité à la suite du fiasco qui a entouré
son initiative visant à la libération des journalistes
français Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Ils ont
été finalement libérés le 21 décembre,
après quatre mois de captivité en Irak. Deux collaborateurs
de M. Julia ont été mis en examen pour "intelligence
avec une puissance étrangère" et une information
judiciaire a été ouverte à son encontre.
Le directeur de Libération, Serge July, tout comme le secrétaire
général de Reporters sans frontières, Robert
Ménard, ont estimé qu'"on" avait demandé
à Florence Aubenas de lancer cet appel à M. Julia.
"On ne peut pas imaginer que le nom de (Didier) Julia ne
lui a pas été dicté par les ravisseurs",
a estimé M. Ménard.
Les services de renseignement français analysent l'enregistrement
vidéo, selon une source proche de la DGSE (renseignements
français), sans pour autant avancer encore de réponse
sur la raison de cet appel à M. Julia.
"C'est beaucoup de questions, beaucoup d'hypothèses",
a-t-on précisé, ajoutant que cette cassette "est
étudiée sous tous ses aspects, technique, linguistique".
Parmi les hypothèses retenues, certains avancent une action
syrienne pour mettre à mal la diplomatie française,
qui s'oppose de plus en plus fermement à la présence
de Damas au Liban.
Le ministre des Affaires étrangères français
Michel Barnier n'a pas écarté de recourir à
Didier Julia, en déclarant: "S'agissant d'un parlementaire
qui a été cité, je crois qu'il a lui-même
dit qu'il était à la disposition des autorités
françaises. Nous allons, après avoir analysé
cette vidéo, prendre les décisions les plus utiles".
Sur TF1, le député français a estimé
mardi soir que les ravisseurs étaient probablement des
gens qui le connaissent et qu'il connaît.
"Ce sont les ravisseurs qui la détiennent, qui lui
ont demandé de citer mon nom", a déclaré
M. Julia.
"J'ai la certitude qu'il faut aller vite, que Florence est
fatiguée, physiquement et peut-être psychologiquement",
a déclaré pour sa part à Toulouse (sud-ouest
de la France), Jacqueline Aubenas, la mère de la journaliste
de Libération.
Plus d'un millier de personnes se sont rassemblées mardi
soir dans une salle de concert de Toulouse en soutien à
la journaliste française et à son guide irakien.
2 mars
– C’est dans le journal - Jean-Yves Chaperon - RTL
Matin
Cette photo, d'abord, presque partout à
la Une, du Parisien au Berry républicain, de la Dépêche
du Midi à l'Humanité, la photo de ce visage de Florence
Aubenas marqué par la fatigue et le découragement.
Dans son éditorial de La Croix, Bruno Frappat explique
pourquoi son journal s'est même refusé quant à
lui a publier cette photo. Ce serait, pour reprendre son expression,
"faire la courte échelle aux ravisseurs".
Il a suffi déjà, du point de vue des maîtres
chanteurs qu'ils aient pu faire savoir à la France entière
que cette jeune femme appelait au secours, qu'elle souffrait,
qu'elle était mal en point. Un extrait de l'éditorial
d'Antoine de Gaudemar de Libération, "pourtant,
il faut voir dans ces images bouleversantes un réconfort,
un encouragement. D'abord parce que c'est le signe de vie tant
attendu : Florence est vivante, Florence parle. Ensuite parce
que cette vidéo signifie peut-être l'amorce d'une
négociation entre ravisseurs et autorités françaises.
Enfin, parce que plus que jamais, il faut maintenir la mobilisation."
Beaucoup de mystères aussi, relevés dans le journal,
autour de l'appel formulé par Florence Aubenas au député
Didier Julia.
"Les questions se bousculent. Pourquoi un message aussi
bref? Pourquoi aujourd'hui seulement ? Que signifie l'appel appuyé
à Didier Julia, à coup sûr dicté par
les ravisseurs?" C'est Patrick Apel-Muller qui se le
demande dans l'Humanité. Et quelle considération
faut-il porter dès lors au personnage Julia ? Le gouvernement
doit-il le laisser tenter quelque chose ? "Qui mettrait ses
espoirs dans un tel homme ?", demande Bernard Revel dans
l'Indépendant du Midi, "Didier Julia, ce turlupin,
mâtiné barbouze", pour reprendre les épithètes
choisis par Jean-François Montémont dans le Courrier
Picard mais voilà cette autre question posée par
Patrick Berthomeau dans Sud-Ouest : "Si vraiment cet
homme, à travers des réseaux d'officines aux intérêts
plus ou moins recommandables, détient les clefs de la situation,
faut-il se priver de son secours?" Même réflexion
dans Le Progrès, dont Jean-Philippe Mestre écrit
que "la nécessité urgente est de sauver
la journaliste de Libération, au besoin en laissant de
côté toute question d'amour propre".
2 mars
– Interview de Didier Julia – France Inter / Journal
de 08h00
"Ce sont les ravisseurs qui la détiennent
qui lui ont demandé de citer mon nom. Ce sont des gens
qui me connaissent et probablement que je connais. Il faut vous
dire que depuis 40 ans que je fréquente l’Irak, je
connais beaucoup de monde mais depuis le 23 décembre, c’est-à-dire
depuis la sortie de Chesnot et Malbrunot, j’ai interrompu
tout contact avec eux et par conséquent les circuits sont
éteints. J’ai éteint les circuits du fait
qu’il y avait une instruction judiciaire, qu’on était
considérés comme des traîtres à la
patrie parce qu’on était venu au secours de Français
en danger à l’étranger, par conséquents
les circuits sont éteints. Mais… si le gouvernement,
qui en ce moment expertise la cassette, si le gouvernement me
demande de participer à la recherche et de renouer des
contacts, je peux rallumer ces contacts et remettre les circuits
en fonction. Ceci dit, j’attends que le gouvernement me
le demande. J’ai donc dit que j’étais à
la disposition du gouvernement pour toute action, toute initiative
qui serait susceptible de sortir Florence Aubenas de sa situation."
2 mars
- 08h20 - Géopolitique avec Bernard Guetta sur France Inter
Pourquoi cette insistance ? Pourquoi Florence
Aubenas, à la fin de cette courte et terrible vidéo
par laquelle elle vient d’appeler à l’aide
prononce-t-elle trois fois de suite le nom de Didier Julia ?
Ecoutons-la : "J’en appelle particulièrement
à Monsieur Didier Julia, le député français".
"S’il vous plait, Monsieur Julia, aidez-moi".
"C’est urgent. Monsieur Julia, aidez-moi".
Florence Aubenas a beaucoup couvert l’Irak. Elle a naturellement
en tête l’affaire de Christian Chesnot et Georges
Malbrunot, l’intervention du député, son voyage
à Damas et sa certitude, malheureusement démentie,
d’être sur le point d’obtenir leur libération
grâce à ses contacts en Syrie et dans les milieux
du Baath, le parti sur lequel s’appuyait le régime
de Saddam Hussein.
Elle sait ainsi que Didier Julia n’est pas tout puissant,
que son initiative avait été dénoncée
par les autorités françaises même si elles
n’avaient pas voulu l’empêcher de la prendre,
bref que cet appel direct et pressant à cet homme ne peut
que créer une affaire dans son affaire. Plus frappant encore,
elle ne dit rien ni de son journal, Libération, ni du gouvernement,
ni du Président de la République, de personne sauf
Didier Julia qui seul semble compter à ses yeux. La conclusion
s’impose. En martelant ce nom, Florence Aubenas fait évidemment
passer un message. Elle dit en langage codée une chose
que ses ravisseurs soit ne l’auraient pas laissé
dire soit ne voulaient pas la laisser directement dire mais laquelle
?
Il n’y a plus, là, de certitude mais, en revanche,
une hypothèse que l’on ne saurait écarter.
Julia cela ne peut vouloir dire, en l’occurrence, ni vieux
gaulliste ni figure solitaire et plutôt excentrique mais
cela peut parfaitement signifier deux choses, Syrie et Baas, car
Didier Julia appartient à cette frange du gaullisme qui
fut très liée au monde arabe et tout particulièrement
à la Syrie et à l’ancien appareil de Saddam.
Dans ces milieux, Didier Julia a des liens anciens, étroits,
des relations de confiance et, s’il y a une connotation
attachée à son nom, c’est bien celle-là.
Florence Aubenas le sait et il est très possible, pour
ne pas dire probable, qu’elle ait voulu faire savoir, en
martelant ainsi ce nom, que ni les services syriens, ou partie
d’entre eux, ni ces pans de l’appareil baassiste qui
ont basculé dans l’action armée contre la
présence américaine en Irak n’étaient
étrangers à son enlèvement.
C’est une lecture, c’est une hypothèse, ce
n’est pas une information ni même une certitude, mais
le fait est que le régime syrien joue la carte d’un
soutien aux mouvements clandestins irakiens dans l’espoir
d’avoir quelque chose à monnayer avec les Américains,
qu’il y a des liens entre les deux et que la Syrie a toutes
les raisons d’en vouloir à la France à cause
de son soutien à l’indépendance libanaise.
Il est surtout frappant que ce soit au moment même où
les choses se précipitent au Liban, où le régime
syrien est dos au mur, où il a besoin de pouvoir utiliser
toutes ses armes vis-à-vis de la France, qu’on entende,
pour la première fois depuis son enlèvement, parler
de Florence Aubenas.
1 mars
2005 - France Inter
Interview de Serge July, le directeur de Libération,
joint par Grégory Philipps pour France Inter.
"C’est une preuve de vie, donc…
Si elle souffre, c’est qu’elle est vivante. Tous les
messages de… mettant en scène des gens privés
de liberté sont toujours douloureux à voir, donc
il y a à la fois une source d’espoir : elle est vivante,
très vraisemblablement vivante même parce qu’on
ne sait pas quand ça a été tourné,
et en même temps, c’est douloureux à voir,
quelqu’un qui souffre, c’est toujours douloureux quand
il est privé de liberté. Et puis ça pose
énormément de questions auxquelles nous n’avons
pas de réponse. Pourquoi Hussein n’est-il pas là
? On est évidemment très inquiet de ne pas le voir.
Y’a pas de revendications. Pas de demande de rançon.
Vous savez que ce document a été remis à
Reuters à Baghdad et en l’occurrence, c’est
une cassette vidéo et il n’y avait rien d’autre
dans le paquet qui a été remis à Reuters
que cette intervention. Voilà… Donc je… La
mention de Julia, évidemment personne ne peut imaginer
que Florence Aubenas ait pu parler librement de Didier Julia,
à qui Chesnot et Malbrunot doivent d’avoir été
en captivité trois mois de plus, donc le fait qu’il
soit mentionné, est-ce une provocation ? une manipulation
ou une… Je ne sais pas. Ce sont des questions sans réponse
en tout cas, et… On est évidemment à un tournant.
Comme vous le savez les preuves de vie, ça sert à
authentifier ou en tout cas à construire un canal de négociation
qui prouve que l’interlocuteur qui l’amène…
est bon, ou en tout cas est fiable puisqu’ils sont vivants.
Quelle est l’intention maligne derrière le fait d’évoquer
Julia dans cette affaire ? Ce n’est pas pour autant la preuve
que c’est politique mais en tout cas, on ne peut pas ne
pas se poser la question."
Question de Grégory Philipps : "Pour vous Libération,
c’est le premier signe de vie que vous recevez?"
Serge July: "Oui, c’est le premier. On sait qu’il
y a eu une cassette que la famille a vu la semaine dernière
mais qui était de nature différente."
1 mars
2005 - Communiqué de presse de RSF, suite à la diffusion
de la vidéo de Florence.
La vidéo diffusée ce mardi et montrant Florence
Aubenas, enlevée le 5 janvier dernier à Bagdad en
compagnie de son guide Hussein Hanoun Al-Saadi, est déterminante
: malgré la brutalité du document, Florence est
vivante.
Ce premier signe de vie est essentiel car il succède à
55 jours de silence. Cependant, il reste beaucoup de questions
en suspens : la vidéo n'est Pas datée, Florence
y apparaît digne mais épuisée moralement et
physiquement. Aucune mention n'est faite d'Hussein Hanoun. Il
n'y a aucune revendication ni indication sur l'identité
des ravisseurs.
Nous, Comité de soutien, exigeons plus que jamais du gouvernement
et des pouvoirs publics qu'ils mettent tout oeuvre pour les faire
libérer au plus tôt. Il est nécessaire d'identifier
les ravisseurs à partir de la vidéo, de localiser
Florence et Hussein, et de les rendre à leurs proches.
Chaque heure, chaque jour compte.
Il y a urgence. Leur liberté, c'est la nôtre.
1 mars
- Michel Barnier, de Londres, sur France Inter
"Nous allons étudier cette vidéo
avec beaucoup de précision, notamment vérifier sa
chronologie. Il y a dans cet appel un élément important,
c’est qu’elle est en vie. Nous avions reçu
nous-mêmes, il y a plusieurs jours… une autre preuve
de vie de Florence Aubenas, que j’avais communiqué
et fait voir à sa famille. Nous avons besoin maintenant
de vérifier la chronologie, le contenu de cet appel pour
bien l’utiliser. Et s’agissant d’un parlementaire
qui a été cité, je crois même qu’il
a dit qu’il était à la disposition des autorités
françaises et nous allons, après avoir analysé
cette vidéo, prendre les décisions les plus utiles.
Je veux vous dire que la seule priorité pour moi, comme
dans d’autres cas, pour les autorités françaises,
pour le Président, pour le ministre français, c’est
la sécurité de Florence Aubenas et de Hussein Hannoun".
1
mars, 11h24 - AFP
La journaliste française appelle
à l'aide dans une cassette-vidéo
La journaliste française Florence Aubenas, disparue à
Bagdad le 5 janvier, a lancé un appel à l'aide urgent
dans une cassette-vidéo diffusée mardi par la chaîne
d'information Sky-Italia.
"Mon nom est Florence Aubenas. Je suis journaliste française.
Je suis journaliste de Libération. Je suis en mauvaise
santé et je suis en mauvaise santé psychologique
aussi", a-t-elle dit, en anglais. "Je lance un appel
au député français Didier Julia. S'il vous
plait M. Julia, aidez-moi. C'est urgent, aidez-moi", a-t-elle
ajouté dans cette vidéo très brève.
Florence Aubenas est apparue très éprouvée,
les traits creusés et les cheveux tombant dans les yeux.
Elle portait un T-shirt qui semblait sale et elle avait des traces
grises sur le visage.
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