Enlèvement de Florence Aubenas - Florence Aubenas kidnapping
Au fil de l'info - Ces dépêches ou retranscriptions proviennent de AP, Reuters, AFP, de radios ou de sites web.
du 5 février au 4 mars 2005 - du 5 mars au 11 juin 2005 - à partir du 12 juin 2005

 

Retour en haut de page / Back to top of this page 4 mars 21h21 – Reuters

L'annonce de la libération de Giuliana Sgrena a fait renaître l'espoir d'une issue prochaine pour Florence Aubenas et son guide-interprète, Hussein Hanoun, enlevés il y a 58 jours en Irak. "Cela me donne beaucoup d'espoir et surtout ça me donne une très grande satisfaction de voir que les choses bougent", a déclaré le père de la journaliste française, Benoît Aubenas, sur France 2. "J'y vois aussi un signe extrêmement positif pour la libération prochaine de Florence et de son guide", a-t-il ajouté. La libération de la journaliste italienne "nous émeut et nous fait redoubler d'espoir quant à la libération" de Florence Aubenas, a souligné Marie-Ange Rodeaud, présidente du "comité de soutien à Florence et Hussein".
"Nous répétons, au gouvernement français, à toutes les personnes qui travaillent à la libération de Florence et Hussein, ainsi qu'aux personnes qui les détiennent qu'ils doivent prendre soin d'eux et les libérer au plus vite", a-t-elle ajouté dans un communiqué. Le comité de soutien "appuie" la mère de Florence Aubenas, qui a refusé cette semaine que la journaliste de Libération et son guide deviennent des "doubles otages entre les mains de leurs ravisseurs, toujours officiellement inconnus à ce jour et celles de négociateurs de quelque bord soient-ils".
De son côté, le ministère des Affaires étrangères s'est réjoui de savoir Giuliana Sgrena libre, appelant de nouveau à la libération "dans les plus brefs délais" de Florence Aubenas. "Nous saluons la libération de Giuliana Sgrena intervenue ce soir en Irak. Nous partageons la joie de sa famille et de ses proches qui ont traversé des moments difficiles jusqu'à ce soir et celle de tous les Italiens", déclare le porte-parole du Quai d'Orsay, Hervé Ladsous, dans un communiqué.

Après deux mois de silence, l'envoyée spéciale de Libération a appelé à l'aide dans une cassette-vidéo diffusée mardi. Elle apparaît seule sur les images, très amaigrie, et dit être en mauvaise santé physique et psychologique. En anglais, elle demande l'aide de Didier Julia, auteur en septembre d'une tentative rocambolesque de libération de Georges Malbrunot et Christian Chesnot.
Après avoir mis en demeure le député UMP de fournir toutes les informations qui pourraient conduire à la libération de Florence Aubenas, Jean-Pierre Raffarin l'a écarté jeudi, récusant toute "diplomatie parallèle" et s'adressant directement aux ravisseurs de la journaliste.
"Après tout le tohu-bohu qui a suivi la diffusion de la vidéo de Florence, enfin une bonne nouvelle", s'est réjoui le secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard. "Nous voulons voir dans cette libération un signe d'espoir pour Florence Aubenas et Hussein Hanoun. Nous sommes profondément heureux et émus. Les efforts de chacun, en particulier de la presse et du gouvernement italien, ont finalement payé". Depuis l'annonce de l'enlèvement de la journaliste italienne, il y a exactement un mois, RSF avait affiché son portrait à côté de ceux de Florence Aubenas et Hussein Hanoun place de la République. Il sera décroché lundi à 15h, fait savoir l'organisation qui a reporté la balade en rollers qu'elle comptait organiser vendredi soir en soutien à Florence Aubenas à cause des intempéries. Elle aura finalement lieu le 25 mars.

Retour en haut de page / Back to top of this page 4 mars 08h20 – France-Inter
"Question directe"
de Pierre Weill. Invité: Jean-François Coppé, porte-parole du gouvernement.

P. Weill: Alors, un jour, c’est la main tendue à Didier Julia devant l’Assemblée Nationale. Le lendemain, on lui dit "non merci, on se passera de vos services". Jean-Pierre Raffarin dit hier devant les représentants des partis politiques qu’il recevait : "Julia ne sait rien et Juila ne sert à rien". Alors on se demande pourquoi Jean-Pierre Raffarin a d’abord réhabilité Julia en s’adressant à lui directement devant l’Assemblée Nationale mercredi, Didier Julia qui avait quand même traité votre collègue Barnier de "nul" lors de l’affaire Chesnot-Malbrunot. Est-ce que notre diplomatie ne sort pas de tout cela, disons "chahutée", "ridiculisée", je prends des… des termes lus dans la presse, ce matin?
J-F. Coppé: C’est évidemment des termes que je ne partage pas. Moi, je voudrais rappeler qu’il y a comme toujours dans toutes ces affaires difficiles et douloureuses, il y a les… ceux qui commentent, ce qui est normal, et puis il y a ceux qui agissent et qui sont en responsabilité. Pardon, mais il faut bien qu’il y ait quelqu’un qui, sur votre antenne, le dise. Le… la disparition de Florence Aubenas a conduit l’ensemble de nos services, vous le savez, à une mobilisation totale… totale pour la retrouver. La dernière cassette qui a été diffusée montre Florence Aubenas vivante. Chacun évidemment a ressenti avec l’émotion que l’on sait… cette image mais aussi chacun a entendu le fait qu’elle a fait appel à Didier Julia. Il était donc du devoir du gouvernement et des services d’entendre Didier Julia et c’est très exactement ce qui a été fait, sachant que…
P. Weill: ça pouvait se faire discrètement, peut-être, non?
J-F. Coppé: Pourquoi…
P. Weill: cet appel de Jean-Pierre Raffarin devant tout l’hémicycle…
J-F. Coppé: Je ne comprends pas…
P. Weill: à Didier Julia…
J-F. Coppé: Excusez-moi, mais je ne comprends pas…
P. Weill: On connaît le personnage quand même…
J-F. Coppé: Cela veut dire quoi "tout l’hémicycle" ou "pas tout l’hémicycle"? Je rappelle quand même que la cassette a été diffusée à l’ensemble de nos compatriotes. C’est l’ensemble des Français et des Françaises qui a vu cette cassette et qui sont en droit de savoir comment nous travaillons. Il était donc tout à fait légitime que le Premier ministre, euh… prenne à ce moment-là ses responsabilités et dise : "très bien, je demande aux services de…, de…, de rencontrer Didier Julia et de savoir s’il a des informations"…
P. Weill: Jean-François Coppé…
J-F. Coppé: il est sorti de tout cela qu’il n’en avait pas!
P. Weill: Didier Julia, pour vous, c’est un mythomane?
J-F. Coppé: Je ne rentre pas dans ces qualificatifs. Après tout, tous ceux qui commentent tout cela… ont le choix des mots dans ce domaine. Je dirai que de ce point de vue, ce n’est pas mon travail. Ce que chacun doit bien comprendre, c’est que nous agissons en responsabilité et qu’à partir du moment où cet appel avait été lancé à Didier Julia , il était tout à fait normal que les services interrogent Didier Julia. Y’a pas d’information nouvelle et surtout il n’y a pas de diplomatie parallèle.
P. Weill: Didier Julia a rencontré le patron de la DGSE hier. Vous confirmez que tout ce qu’il a dit n’a aucun intérêt?
J-F. Coppé: Ben écoutez, c’est en tout cas ce qu’est ressorti de… des conclusions tirées par le directeur de la Direction générale de la sécurité extérieure.

Retour en haut de page / Back to top of this page 4 mars 08h15 – France-Inter – "Géopolitique" / Emmanuel Leclerc

Retour sur ce qu’il faut bien appeler cette deuxième affaire Julia avec depuis hier ce bras de fer avec le gouvernement, Didier Julia qui tente de revenir dans la négociation pour obtenir la libération de Florence Aubenas. Eh bien, tout cela a tourné court avec les nouvelles déclarations de Jean-Pierre Raffarin.

Il y avait comme un flottement à l’issue du discours de Jean-Pierre Raffarin avant-hier devant les députés, un problème d’interprétation qui est apparu y compris dans les dépêches d’agences de presse, ce qui est assez rare. Comme un malaise également, on l’a vu, dans les rangs des députés. Alors, injonction, sommation ou réhabilitation publique du député pestiféré de la majorité?
Eh bien, depuis hier, on est fixé : il est hors de question de voir Didier Julia repartir avec ses acolytes du côté de Bagdad ou de Damas. Jean-Pierre Raffarin a donc mis de la clarté dans ses intentions après avoir soigneusement attendu la visite de la DGSE à Didier Julia, un huit clos d’une heure trente tout de même, mais visiblement le député n’avait qu’une idée en tête: oui, il est prêt à collaborer totalement avec le gouvernement mais à ses seules conditions. On le sait, il a besoin de ses collaborateurs pour qu’ils aillent, dit-il débroussailler le terrain avant que lui-même éventuellement n’intervienne. Des «mini dominici» pour l’instant sous contrôle judiciaire strict qui reviendraient par la grande porte. Scénario idéal mais la porte semble avoir claqué très fort avec ces mots du Ministre : inacceptable!
Porte qui claque très fort donc, mais alors pourquoi l’avoir entrouverte ces derniers jours? Est-ce que cela veut dire qu’en 72 heures sur le terrain, il s’est déjà passé beaucoup de choses et que l’on n’a plus besoin des services d’un trio que la DGSE n’avait de toutes façons jamais voulu revoir dans la partie? Un proche de l’Elysée nous disait hier qu’il n’y avait là rien de vraiment surprenant ni de la part de Julia –souvenez-vous quand même à qui on a à faire- ni de la part du gouvernement d’ailleurs : trop de passif, trop de méfiance pour dire : «Mais bien sûr, Monsieur Julia, allez-y ! Feu vert pour un plan B mais cette fois avec les appuis officiels qu’il vous faut. Peut-être un avion, aussi ? pas besoin de celui de Gbagbo…».
Mais non, il n’y aura pas d’aller-retour pour Bagdad ou Damas. Damas, la Syrie, son éventuel rôle dans cette affaire, «cette hypothèse légitime » confiait un diplomate hier soir. Est-ce que cela veut dire qu’en 72 heures sur le terrain, il s’est déjà vraiment passé beaucoup de choses ? Ce qui serait un signe positif en vue d’une libération prochaine de Florence Aubenas et d’Hussein Hanoun.
A regarder les grandes manœuvres autour de la Syrie en ce moment où la France est très impliquée, les négociations en cours sur l’Irak et le Liban, il y a des liens naturels que pas mal d’observateurs de la région ont déjà fait. Des liens, à défaut de certitudes, sur tout ce qui pourrait maintenant aboutir à une libération rapide car depuis 72 heures, depuis que l’on sait que Florence Aubenas est en vie, qu’y a-t-il de plus sur le fond ? Rien. Sur la forme en revanche, tout a changé. Pendant plus de 50 jours le gouvernement n’avait rien dit ou presque. Depuis l’irruption des vidéos et de ce nom fantôme, si réel, Julia, là c’est un déluge comme si depuis que les premiers d’otages ont décidé d’aller sur le terrain médiatique, Matignon et le Quai d’Orsay avaient choisi la même option. Les ravisseurs se servent de Julia à leur façon, Paris aussi. Ce sont les règles du jeu qui ont changé depuis 72 heures et c’est toujours aussi difficile à suivre.

Retour en haut de page / Back to top of this page 4 mars - Didier Julia interrogé par Renaud Bernard – France Inter 08h05

"Si le Premier ministre fait cette déclaration, je suppose que c’est que les services sont en train de libérer Florence Aubenas et par conséquent, qu’il n’a donc pas besoin de moi et c’est pas un problème pour moi ! Et j’en suis,… j’en suis d’avance très heureux pour Florence Aubenas. Simplement on va voir les choses comme elles vont se passer et bien entendu s’il arrive malheur à Florence Aubenas, je confirme que j’étais engagé à 100% pour utiliser tous mes contacts afin de la sortir de là!"

Retour en haut de page / Back to top of this page 3 mars, 20h07 - AFP

Julia: "Je n'ai jamais exigé de travailler seul" dans l'affaire Aubenas
Le député UMP Didier Julia a affirmé jeudi soir à l'AFP qu'il n'avait "jamais exigé de travailler seul" dans l'affaire de l'enlèvement en Irak de la journaliste Florence Aubenas, en réponse à des accusations portées peu auparavant par le Premier ministre. A l'issue d'une rencontre avec les responsables politiques, Jean-Pierre Raffarin a déclaré que M. Julia avait demandé à "agir de manière indépendante, avec ses propres moyens, en parallèle, ce qui est inacceptable". Répondant à ces propos, M. Julia a déclaré que cette "polémique n'a pas lieu d'être".
"Ou bien Jean-Pierre Raffarin est en train de faire sortir Florence Aubenas par les services, auquel cas il n'a absolument pas besoin de moi et je suis le premier à m'en féliciter, ou bien il va mettre Florence Aubenas dans une situation extrêmement difficile", a accusé à son tour M. Julia. "J'ai dit que je collaborais avec les autorités françaises" et "je l'ai fait", a ajouté M. Julia, en affirmant qu'il avait "amené un ensemble d'informations suffisamment intéressantes" pour que l'entretien qu'il a eu dans la matinée avec le directeur général de la sécurité extérieure (DGSE), Pierre Brochand, "dure une heure".
M. Raffarin a au contraire affirmé qu'il n'y avait "pas d'élément nouveau, concret" apporté par M. Julia "qui puisse permettre d'envisager une solution efficace", lors de cette audition. "J'ai confirmé que je ne ferai rien en dehors des autorités françaises" et "je n'ai jamais exigé de travailler seul", a assuré le député de Seine-et-Marne à l'AFP, en réaffirmant toutefois qu'il avait "besoin de ses deux collaborateurs (Philippe Brett et Philippe Evanno) pour approfondir les contacts". Dans la matinée, M. Julia avait demandé "instamment" à la justice "la levée du contrôle judiciaire" auquel sont soumis MM. Brett et Evanno, qui ont été mis en examen en décembre 2004 pour "intelligence avec une puissance ou une organisation étrangère (...) de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation".
"Si Jean-Pierre Raffarin estime que je n'ai aucune utilité dans l'affaire, très bien", a poursuivi M. Julia. "Mais ce qui est ennuyeux, c'est que les ravisseurs ont demandé comme médiateur Didier Julia, c'est leur seule exigence", a poursuivi le député, en se référant à l'appel lancé sous la contrainte par la journaliste de Libération.
Sur la chaîne parlementaire LCP-Assemblée Nationale, le député s'est d'autre part exprimé sur le fond du dossier. "J'imagine que lors de la sortie des deux otages français (Georges Malbrunot et Christian Chesnot, ndlr), il y avait un engagement à publier un message politique, or ils se sont sentis maltraités", a-t-il dit. "Je pense qu'il y a un besoin de reconnaissance de la part des forces de la résistance irakienne", a-t-il ajouté, estimant que "dans cette affaire Aubenas la Syrie ne joue strictement aucun rôle et qu'il faut arrêter les imaginations et les élucubrations sur ce sujet".

Retour en haut de page / Back to top of this page 3 mars, 19h32 - AFP

Aubenas: Raffarin écarte Julia et s'adresse directement aux ravisseurs, par Frédéric Dumoulin
Jean-Pierre Raffarin a écarté jeudi Didier Julia, qui ne possède, selon lui, aucun "élément nouveau ni concret" sur l'enlèvement de Florence Aubenas, et a lancé pour la première fois un appel à ses ravisseurs pour qu'ils la libèrent rapidement et passent par les seuls canaux officiels français.
"Je veux dire aux ravisseurs, s'ils m'entendent, que la France demande la libération rapide" de la journaliste de Libération et de son guide irakien, enlevés en Irak le 5 janvier, a lancé le Premier ministre sur un ton solennel à l'issue d'une réunion à Matignon avec les responsables politiques. "Si les ravisseurs", qui ne se sont encore jamais officiellement manifestés, "veulent engager des discussions, qu'ils s'adressent aux seuls services officiels de la France", a-t-il insisté. Il a justifié sa demande -formulée la veille à l'Assemblée- au député UMP de coopérer avec les services de renseignements par le fait que la journaliste avait "introduit son nom dans le dossier".
"Je me devais de tenir compte de ce message. Je souhaite vraiment que (Florence Aubenas) sache que, quelles que soient les circonstances de son message, nous sommes très attentifs à tout ce qu'elle exprime par sa voix mais aussi par son image", a-t-il fait valoir alors que certains hommes politiques lui ont reproché d'avoir ramené le député de Seine-et-Marne dans le jeu, malgré le fiasco de son équipée pour libérer Christian Chesnot et Georges Malbrunot, à l'automne dernier. M. Raffarin a également jugé "inacceptable" la demande de M. Julia "à agir de manière indépendante, avec ses propres moyens, en parallèle".
D'autant que, selon les premiers compte-rendus de l'audition du député, jeudi matin, par la DGSE, le Premier ministre "constate qu'il n'y a pas d'élément nouveau, concret qui puisse nous permettre d'envisager une solution efficace". A l'issue de cette audition, M. Julia avait posé comme préalable "absolument nécessaire" à sa coopération et à la réactivation des contacts dont il affirme disposer au Proche-Orient "la levée du contrôle judiciaire" touchant ses collaborateurs Philippe Brett et Philippe Evanno qui l'avaient aidé dans sa tentative avortée de libérer MM. Chesnot et Malbrunot.
"La France est mobilisée pour obtenir la libération" de Florence Aubenas et de son guide. "Ce sont les services officiels français qui sont les seuls habilités à mener les contacts nécessaires. Il n'y a aucune diplomatie parallèle. Aucune officine n'est autorisée à parler sur ce dossier comme sur les autres au nom de la France", a poursuivi le chef du gouvernement.
"A tous ceux qui, en France comme en Irak, estiment avoir des informations utiles pour la libération des otages, je leur dis: +adressez-vous aux services officiels français, donnez-nous les informations+ (...) Les portes des services français restent ouvertes, à chaque instant, pour chaque information nouvelle. Nous sommes disponibles jour et nuit", a ajouté M. Raffarin, en saluant "l'unité nationale" sur cette affaire. A l'issue de la réunion à Matignon, les responsables politiques se sont refusé à tout commentaire, à l'exception du numéro un socialiste François Hollande qui a lui aussi souhaité jeudi qu'il n'y ait "aucun intermédiaire" entre les autorités françaises et les ravisseurs.
"Avec les socialistes, je considère qu'il ne faut pas ouvrir de polémique tant que Florence Aubenas et Hussein sont détenus", a-t-il souligné en mettant en avant la nécessaire "cohésion nationale". "Lorsque l'on sait que M. Julia est UMP, il faudrait peut-être que l'UMP fasse de l'ordre dans ses propres rangs", a-t-il toutefois ajouté.
De son côté, le ministère de la Défense a fait savoir dans la journée que l'analyse des deux cassettes contenant des appels de la journaliste Florence Aubenas "est difficile" et se poursuit à la DGSE sans avoir "encore permis d'établir des conclusions certaines".
Jacqueline Aubenas, mère de la journaliste, a dit être en proie "à un sentiment absolu d'urgence" face aux images de sa fille.

Retour en haut de page / Back to top of this page 3 mars, 18h22 - AFP

Aubenas: Raffarin demande aux ravisseurs de s'adresser aux services officiels
Jean-Pierre Raffarin a demandé jeudi aux ravisseurs de Florence Aubenas, "s'ils (l')entendent", la "libération rapide" de la journaliste en les appelant à s'adresser "aux seuls services officiels" français.
Sur un ton solennel, le Premier ministre a déclaré, à l'issue d'une rencontre avec les responsables politiques, que la demande du député UMP Didier Julia d'agir "de manière indépendante, avec ses propres moyens, en parallèle" pour la libération de la journaliste Florence Aubenas était "inacceptable". "Le parlementaire demande à agir de manière indépendante, avec ses propres moyens, en parallèle, ce qui est inacceptable", a-t-il insisté.
M. Raffarin a affirmé qu'il n'y avait "pas d'élément nouveau, concret" apporté par M. Julia "qui puisse permettre d'envisager une solution efficace", lors de son audition dans la matinée par les services de renseignements dans cette affaire.
S'adressant pour la première fois aux ravisseurs de Florence Aubenas, enlevée en Irak le 5 janvier avec son guide irakien Hussein Hanoun Al-Saadi, il a lancé: "je veux (leur) dire, s'ils m'entendent, que la France demande la libération rapide de Florence Aubenas et de Hussein Hanoun". "Nous voulons les revoir dans notre pays rapidement (...) Si les ravisseurs veulent engager des discussions, qu'ils s'adressent aux seuls services officiels de la France", a-t-il insisté.
"La France est mobilisée pour obtenir (leur) libération. Ce sont les services officiels français qui sont les seuls habilités à mener les contacts nécessaires. Il n'y a aucune diplomatie parallèle. Aucune officine n'est autorisée à parler sur ce dossier comme sur les autres au nom de la France", a poursuivi le chef du gouvernement.
"A tous ceux qui, en France comme en Irak, estiment avoir des informations utiles pour la libération des otages, je leur dis: "adressez-vous aux services officiels français, donnez-nous les informations" (...) Les portes des services français restent ouvertes, à chaque instant, pour chaque information nouvelle. Nous sommes disponibles jour et nuit", a ajouté M. Raffarin. "La France est mobilisée, le gouvernement est mobilisé, je suis mobilisé pour la libération" des otages. "Je souhaite que nous puissions, dans l'unité nationale, obtenir cette libération. J'ai constaté que tous les partis politiques sont aujourd'hui rassemblés derrière l'action du gouvernement", a-t-il conclu.

Retour en haut de page / Back to top of this page 3 mars, 16h03 - AFP

Le PE appelle à la libération immédiate des otages en Irak
Le Parlement européen (PE) a appelé jeudi à la libération des journalistes enlevés en Irak, demandant aux institutions européennes de se mobiliser en faveur de la Française Florence Aubenas, de son guide Hussein Hanoun al-Saadi et de l'Italienne Giuliana Sgrena.
Dans une déclaration écrite, les présidents des groupes politiques au PE ont appelé à "la libération immédiate de tous les journalistes enlevés en Irak ainsi qu'à celle de tous les otages". Ils demandent en outre "à toutes les institutions européennes, à tous les gouvernements et à toutes les collectivités territoriales de se mobiliser en faveur de Giuliana Sgrena, de Florence Aubenas et de son guide interprète Hussen Hanoun al-Saadi". "Tous les moyens doivent être mis en oeuvre pour que les médias puissent remplir leurs tâches partout dans le monde", poursuivent les présidents de groupe, qui ont décidé d'apposer les portraits des deux journalistes et du guide interprète dans les locaux du PE.
De son côté, le président du PE, Josep Borrell, a estimé "fondamental de poursuivre sans relâche la mobilisation autour des otages afin de faire pression sur les auteurs de ces rapts odieux". Florence Aubenas, du quotidien Libération, a disparu le 5 janvier à Bagdad avec son guide. Giuliana Sgrena, envoyée spéciale du journal Il Manifesto en Irak, a de son côté été enlevée le 4 février.
La Commission européenne "partage l'émotion de tout le monde face à l'enlèvement des journalistes quels qu'ils soient. C'est bien sûr une douleur pour les familles et pour la personne en question que nous partageons totalement", avait un peu plus tôt indiqué la porte-parole de l'exécutif européen devant la presse. Interrogée sur l'absence de réaction de Bruxelles jusqu'ici dans cette affaire, la porte-parole, Françoise Le Bail, a simplement expliqué que "la pratique de la Commission n'est pas de réagir chaque fois qu'il y a des enlèvements".
En soutien aux otages, un rassemblement est par ailleurs organisé mardi soir à l'Atomium de Bruxelles par l'association qui gère l'édifice construit pour l'exposition universelle de 1958, en collaboration avec Libération, Il Manifesto, l'association Reporters sans Frontières et le Comité de soutien pour Florence Aubenas et Hussein Hanoun.

Retour en haut de page / Back to top of this page 3 mars, 14h15 - AFP

Aubenas: l'analyse des cassettes "est difficile" et se poursuit (Défense)
L'analyse des deux cassettes contenant des appels de la journaliste Florence Aubenas "est difficile" et se poursuit à la DGSE sans avoir "encore permis d'établir des conclusions certaines", a déclaré jeudi le porte-parole du ministère de la Défense Jean-François Bureau.
"Le travail d'expertise, d'analyse de ces cassettes, de ces documents, se poursuit. Il est difficile", a souligné M. Bureau lors du point de presse hebdomadaire du ministère. "A ce jour, il n'a pas encore permis d'établir des conclusions certaines, notamment de pouvoir cerner plus précisément l'écart éventuel qui existe entre le moment où ces cassettes nous sont parvenues et le moment où elles ont été enregistrées", a-t-il indiqué. Selon le porte-parole, "ce sont les services de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) qui sont chargés d'expertiser ces documents, avec les difficultés que cela représente et la mobilisation des moyens que l'on connaît".
M. Bureau a par ailleurs confirmé que des "contacts ont été pris" entre la DGSE et Didier Julia jeudi matin, au lendemain de la déclaration du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin informant l'Assemblée qu'il avait demandé au directeur général de la sécurité extérieure Pierre Brochand de "prendre contact" avec le député UMP.
Le porte-parole a précisé par ailleurs que "l'ensemble des moyens, qui était mobilisé pour la libération de Chesnot et Malbrunot, n'a jamais cessé sa marche", en raison du calendrier très bref entre la libération des deux journalistes et la disparition de Florence Aubenas. "Les choses sont restées en l'état. Les équipes qui étaient mobilisées sur la libération des journalistes à la fin de l'année ont continué de travailler", a-t-il dit.
Selon le ministère de la Défense, l'opération en vue d'obtenir la libération de Christian Chesnot et Georges Malbrunot avait "mobilisé constamment 100 personnes et également une quinzaine de postes à l'étranger" et "plusieurs dizaines de milliers de communications avaient été interceptées, réalisées et analysées".

Retour en haut de page / Back to top of this page 3 mars, 13h22 - AFP

Aubenas: Julia s'est entretenu avec les services français mais pose ses conditions, par Lucie Peytermann
Sollicité mercredi par Jean-Pierre Raffarin, le député UMP Didier Julia s'est entretenu jeudi avec les services français en vue de la libération de Florence Aubenas, mais a posé des conditions en demandant "instamment" à la justice la levée du contrôle judiciaire sur ses collaborateurs.
Mercredi à l'Assemblée, le Premier ministre avait sommé le député de coopérer avec les services de renseignement français pour la libération de la journaliste, tout en soulignant qu'il ne pouvait y avoir de "diplomatie parallèle". Jeudi matin, Didier Julia a affirmé à l'AFP s'être entretenu à l'Assemblée pendant une heure avec le directeur général de la sécurité extérieure (DGSE), Pierre Brochand. Il n'a donné aucune indication sur la teneur de cet entretien. Dans un communiqué transmis à l'AFP un peu plus tôt, le député assurait qu'"aujourd'hui comme hier", il était "à la disposition des autorités françaises afin de faire tout ce qui sera en (son) pouvoir pour obtenir la libération de Florence Aubenas".
Dans une vidéo diffusée mardi, la journaliste, enlevée le 5 janvier à Bagdad, a lancé un appel à l'aide à M. Julia. "J'en appelle particulièrement à Monsieur Didier Julia, le député français. S'il vous plaît M. Julia, aidez-moi. C'est urgent", déclare-t-elle notamment.
Dans son communiqué, le député se dit "extrêmement choqué par l'état de totale détresse et de grande faiblesse" de Florence Aubenas. Mais "pour permettre ce travail", M. Julia oppose un préalable "absolument nécessaire": la "levée du contrôle judiciaire" sur ses collaborateurs Philippe Brett et Philippe Evanno. Les deux hommes, qui avaient participé à l'automne dernier à une tentative avortée de libération des ex-otages en Irak Christian Chesnot et Georges Malbrunot, ont été mis en examen le 29 décembre pour "intelligence avec une puissance ou une organisation étrangère". Sous contrôle judiciaire, ils ont interdiction de quitter le territoire français.
"Je demande instamment une levée du contrôle judiciaire qui les empêche de communiquer avec moi et leur interdit également d'entrer en relation avec certaines personnalités irakiennes incontournables dans cette affaire", assure M. Julia. MM. Brett et Evanno "connaissent tous mes contacts en Irak et disposent en outre, eux-mêmes, de nombreuses autres relations dans ce pays qui sont absolument indispensables à la médiation sollicitée", poursuit-il. Didier Julia a précisé à l'AFP que les membres de la DGSE venus le rencontrer à l'Assemblée étaient "au courant" de sa demande de levée du contrôle judiciaire de ses deux collaborateurs. Le député conclut son communiqué en affirmant que la libération de Florence Aubenas "ne peut être la conséquence que d'une mobilisation de tous, sans dissensions ni polémiques stériles et dangereuses, afin de faire prévaloir le respect de la personne humaine".
Dans une déclaration à l'AFP mercredi, la direction de Libération s'est interrogée sur le rôle du député. "Didier Julia prétend qu'il connaît les ravisseurs et que les ravisseurs le connaissent, pourquoi n'a-t-il pas lancé un appel en faveur de Florence et utilisé ses prétendues influences", a déclaré Patrick Sabatier, directeur adjoint de la rédaction. "Quand le journal l'a approché en ce sens, il s'est refusé à le faire", a ajouté M. Sabatier, qui s'est demandé pourquoi M. Julia, "puisqu'il prétend savoir, n'a pas informé les services secrets et nous-mêmes".

Retour en haut de page / Back to top of this page 3 mars - 08h00 - Journal de France-Inter - Gaétan Force, député PS de la Nièvre, au micro de Frédéric Pommier.

"Je dois dire que l’on a été, je crois, sur les bancs, assez stupéfaits effectivement de la démarche entreprise par le Premier ministre dans la mesure où ce genre d’interpellations appelle plutôt au contraire une explication, j’imagine entre le gouvernement et le député qui appartient à la majorité, sur les informations qu’il détient plutôt qu’une interpellation politique de cette nature. On a le sentiment, c’est vrai, que cette déclaration était un tout petit peu déplacée, mais enfin, ce qui compte maintenant c’est que toutes les informations soient réunies pour trouver une solution à la situation dramatique dans laquelle se trouve Florence Aubenas et que le temps n’est pas à la polémique, même si je vous le dit, il y a une sorte de stupéfaction à avoir entendu le Premier ministre s’exprimer d’une façon inhabituelle dans l’hémicycle à l’égard d’un parlementaire avec lequel il peut normalement entretenir, à travers les responsabilités qui sont les siennes, des relations directes, surtout sur un sujet de cette gravité."

Retour en haut de page / Back to top of this page 3 mars – C’est dans le journal - Jean-Yves Chaperon - RTL Matin

Il y a deux jours encore, on le croyait aux oubliettes de l'actualité, le voilà qui fait son retour fracassant à la Une. Il est "Le Recours", pour le Républicain Lorrain en première page : "Raffarin appelle Julia à la rescousse", titre à la Une de la Nouvelle République. Mais la sollicitation du Premier ministre hier devant l'Assemblée est aussi perçue dans le Figaro, davantage comme une avertissement qu'un retour en grâce : "Raffarin met Julia en garde", c'est le titre ce matin du Figaro.
Il n'empêche, dans le journal, on prend ça comme une sacré volte-face
Oui, "enterré, vilipendé, discrédité en décembre, le voilà bon pour reprendre du service en mars. Didier Julia, le pied nickelé de la République est donc de nouveau fréquentable. Quelle revanche ! Le gouvernement abat la carte Julia. Il n'a visiblement pas d'autre choix. Pour prendre le chemin de Damas, le Premier ministre est contraint d'aller à Canossa", c'est le jugement dans la Nouvelle République d'Hervé Cannet.
"Pestiféré hier, fréquentable aujourd'hui. Didier Julia savoure le plaisir de croire que sans lui, la France est incapable de nouer le moindre contact avec les ravisseurs. Le gouvernement a t'il cette fois vraiment besoin de lui ? Auquel cas c'est un aveu de faiblesse", c'est écrit là dans l'Est Républicain par Pierre Taribo. Dans le Républicain Lorrain, Philippe Waucampt trouve que "la réintroduction de ce Mister Bean de la diplomatie parallèle a quelque chose de tellement pathétique que c'en serait risible si des vies n'étaient encore une fois en jeu". Voilà, pour ce retour, l'accueil n'est pas franchement chaleureux dans le journal, autant en ce qui concerne le personnage Julia proprement dit, que la décision de le remettre en selle.
Dans Libération, on lit aussi que le journal a offert hier à Didier Julia de lancer dans ses colonnes un appel solennel aux ravisseurs pour qu'ils libèrent leurs otages, mais il a décliné l'invitation et a préféré aller s'exprimer sur la chaîne Al Jazeera. (…)

Retour en haut de page / Back to top of this page 3 mars – C’est juste mon avis – Jeanine Perrimond / RTL Matin

Que faut-il faire avec les vidéos de Florence Aubenas enregistrées sous la contrainte par ses ravisseurs ?
Les chaînes de télé ont fait preuve de rigueur professionnelle et de pudeur aussi, en ne diffusant pas la vidéo de Florence Aubenas. Juste une photo, c'était bien suffisant pour comprendre. Pas la peine de montrer plus longuement quelqu'un qui souffre, à ce point. Puis aussi, c'est un principe. On évite, dans la mesure du possible, de donner de l'écho aux propos enregistrés sous contrainte. On sait bien que cette cassette, ce sont des terroristes qui l'ont donné aux médias, pour en faire un instrument de pression. Pour nous terroriser. C'est exactement ce qu'ils cherchent. Donc diffuser des vidéos de ce genre revient un peu à faire leur jeu. Cela dit, des journaux, très respectables, ont mis cette cassette en ligne, sur leur site Internet. Et, surprise, les proches de Florence Aubenas, son comité de soutien aussi, n'y voient pas d'inconvénient. Même la plupart d'entre eux approuvent. "Il faut montrer la vérité, ce que vit Florence", disent-ils. "Si ça bouleverse l'opinion publique, tant mieux .Il est nécessaire que tout le monde soit mobilisé. Ca ne pourra qu'aider les négociateurs".

Or, on en est à la deuxième affaire de journalistes-otages. Les gens savent ce qui se passe. Mais savoir et voir n'est pas la même chose, comme a dit une auditrice. C'est vrai qu'avec cette vidéo, on réalise ce que veulent dire ces mots un peu abstraits, Florence et Hussein, 57ème jour de captivité. Que fait-on subir à Florence Aubenas, connue pour son courage, pour qu'elle soit dans cet état ? Alors diffuser ou pas diffuser... De toutes façons, l'heure n'est pas aux débats. C'est de solidarité dont ont besoin les otages. Enfin, c'est juste mon avis.

Retour en haut de page / Back to top of this page 2 mars, 21h20 - AFP

S. July (Libération): la cassette est un soulagement et un espoir
La cassette vidéo diffusée mardi concernant Florence Aubenas expose la souffrance de la journaliste de Libération enlevée en Irak mais elle apporte le soulagement de la savoir vivante et l'espoir qu'une solution positive puisse être trouvée, a affirmé mercredi soir à Bruxelles Serge July, le directeur du quotidien français.
Si Florence Aubenas, comme la journaliste otage italienne Giuliana Sgrena "sont vivantes, on peut penser qu'une issue positive peut être trouvée", a expliqué M. July après une rencontre avec le président du Parlement européen Josep Borrell. Il était accompagné notamment par Carla Casalini, chef du service européen du quotidien Il Manifesto, journal de Mme Sgrena, apparue elle-même sur une cassette vidéo diffusée le 16 février dernier.
"En tout cas, il n'y a pas de menace dans la cassette concernant Florence. J'y vois plutôt la forme d'un espoir", a-t-il expliqué. Mais si ce document répond à une question, en indiquant que Florence Aubenas était en vie "à une date déterminée", "on peut penser que cela pose énormément de questions auxquelles nous n'avons pas de réponse", a ajouté le directeur de Libération.
"Nous sommes tous touchés par la cassette que nous venons de voir", a indiqué Josep Borrell. "L'Europe doit se mobiliser", a-t-il poursuivi, en promettant l'appui du Parlement européen à toutes les initiatives prises pour obtenir la libération des otages. Il annoncé une déclaration solennelle de la présidence à l'ouverture de la prochaine session du PE. François d'Orcival, directeur de la publication de Valeurs Actuelles et président de la Fédération de la presse française, ainsi que des membres de l'association Reporters sans Frontières, accompagnaient Serge July et Carla Casalini. "L'information est une matière précieuse et rare. Il faut la sauvegarder", a affirmé Mme Casalini.
Evoquant "les 29 confrères irakiens" tués en Irak l'an dernier, Serge July a affirmé qu'il ne s'agissait pas d'une affaire française ou italienne. "La liberté de circuler, d'informer, partout, en tous lieux, à tout moment, sont au coeur du projet européen, de notre civilisation, de notre conception générale de la démocratie", a-t-il expliqué.
Disparue depuis le 5 janvier en compagnie de son guide irakien Hussein Hanoun Al-Saadi, Florence Aubenas lancé, dans la cassette non datée diffusée mardi, un appel au secours adressé en particulier au député français Didier Julia. Pour un membre de la délégation reçue à Bruxelles par le président du Parlement européen, cette cassette est une indication que les ravisseurs cherchent un contact avec les autorités françaises. "Les liens de Didier Julia sont en Syrie", ajoute-t-il, en estimant que cet appel, à l'évidence dicté, au parlementaire UMP (droite) peut être perçu aussi bien comme une ouverture que comme une menace de la part de ceux qui détiennent Florance Aubenas.

Retour en haut de page / Back to top of this page 2 mars 2005 - Journal de 19h00France-Inter

Jean-Pierre Raffarin demande à Didier Julia de coopérer avec les services secrets français, c’est le revirement surprenant de cette affaire d’enlèvement en Irak.
(…)
Elle (Florence Aubenas, ndt) appelle à l’aide le député français UMP Didier Julia dont la tentative en solo de libérer deux autres otages Chesnot et Malbrunot avait été qualifiée «d’équipée rocambolesque». Le député UMP dont l’action avait probablement gêné le gouvernement français fait l’objet d’une information judiciaire. Pourtant, aujourd’hui, à l’Assemblée, c’est vers lui que le Premier ministre s’est tourné:
"Florence Aubenas a lancé un appel à un parlementaire français qui a déclaré connaître probablement les ravisseurs. J’ai demandé au Directeur général de la Sécurité extérieure de prendre contact avec lui, de prendre contact avec vous, Mr le Député, pour recueillir toutes les informations qui pourraient être nécessaires pour que les services de notre république puissent agir, pour que nous puissions faire en sorte que la République agisse dans une seule direction, sous une seule autorité, sans accepter aucune diplomatie parallèle."
A l’Assemblée, Jean Pierre Raffarin a également annoncé qu’il reprendrait demain à Matignon ses réunions d’information avec les partis politiques pour faire le point sur la situation de Florence Aubenas et de son guide Hussein Hannoun Al Saadi.
Et hier, Didier Julia demandait à la justice de lui rendre sa liberté d’action. Il se disait prêt à collaborer avec le gouvernement. Il déclarait également qu’il connaissait depuis un mois le lieu de détention de Florence Aubenas ainsi que l’identité de ses ravisseurs. Hier qualifié de «Pied Nickelé», il revient donc aujourd’hui sur le devant de la scène, au moins comme un intermédiaire possible. Le député UMP Lionel Lucas ne comprend pas l’attitude du Premier ministre cet après-midi. Il le dit à Frédéric Pommier :
"On peut quand même regretter que l’on donne des signes publics vis-à-vis de tel ou tel que tout le monde connaît. Je pense que l’on serait peut-être mieux inspiré de continuer la discrétion ; que de tous les cotés on évite ce qui peut, pour le public, être un spectacle. Peut-être dans un bureau, c’était mieux que de le faire publiquement. Moi, en tant que parlementaire, j’ai mal vécu cette façon de faire. Le Premier ministre, c’est le Premier ministre de la France et il s’adresse à tous. Et pas spécialement à des noms jetés en pâture par des gens pas fréquentables. Et puis si on a des choses à dire à des parlementaires ou à des gens qui sont en prise peut-être… là, ça se fait dans un bureau et pas en séance. Et je ne vois vraiment pas en quoi ça peut amener quelque chose de positif ; ça ne peut qu’empirer une situation qui a l’air déjà bien compliquée. Je me demande ce que nos concitoyens ont pu penser de cette scène."

Cette vidéo de Florence Aubenas, seule sans son guide, nous donne effectivement les premières nouvelles de la journaliste depuis son enlèvement il y a 56 jours maintenant. La vidéo jette également le trouble car elle pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, d’abord sur la santé de la journaliste de Libération, mais aussi sur l’action du gouvernement français pour la libérer et sur le rôle que pourrait jouer Didier Julia. Et il faut bien le dire, ce soir, Françoise Degoix, on a du mal à y voir clair.
«Oui, c’est un euphémisme. D’un côté, Jean-Pierre Raffarin, vous venez de l’entendre, théâtralise son appel à Didier Julia, lequel d’ailleurs est assis en face de lui sur les bancs de l’Assemblée et reste de marbre. Julia voué aux gémonies à l’automne, critiqué par la quasi-totalité des parlementaires et par le ministre des affaires étrangères Michel Barnier, voilà donc ce député pestiféré réhabilité en quelque sorte par le Premier ministre cet après-midi. Pourquoi ? D’abord il est évident que Jean-Pierre Raffarin ne veut pas insulter l’avenir et ne ferme aucune porte, pas même celle de Julia, au risque, vous l’avez entendu, de se faire critiquer par sa majorité. Critiqué aussi, Jean-Pierre Raffarin, par Didier Julia lui-même.
Nous l’avons joint il y a quelques minutes au téléphone, et il est très en colère. "J’aurais préféré que Monsieur Raffarin me téléphone pour me prévenir au lieu de faire ce cinéma ridicule" dit-il. Il affirme n’avoir aucun contact téléphonique avec personne sauf Edouard Balladur, une seule fois, et attend que le patron de la DGSE l’appelle pour lui donner ses informations. Par ailleurs, il a nié avoir rallumé ses contacts sur l’affaire Aubenas en février, mais confie en revanche qu’il a réactivé ses réseaux en Irak depuis hier. Alors entre la peur de mettre en danger la vie de Florence Aubenas, les coups de billards à 18 bandes et les mensonges patentés, la séquence aujourd’hui est impossible à décrypter dans sa totalité.

Retour en haut de page / Back to top of this page 2 mars, 19h02 - AFP

Aubenas: Raffarin somme Julia de livrer les informations dont il disposerait, par Valérie Leroux et Frédéric Dumoulin
Au lendemain de la diffusion d'une vidéo de Florence Aubenas en appelant à Didier Julia, Jean-Pierre Raffarin a mis en demeure mercredi le député UMP de livrer les informations dont il affirme disposer au risque, en sollicitant sa coopération, de le remettre en selle. La journaliste de Libération, disparue le 5 janvier en Irak avec son guide irakien, "a lancé un appel à un parlementaire français qui a déclaré connaître probablement les ravisseurs", a déclaré le Premier ministre à l'Assemblée.
"J'ai demandé au directeur général de la sécurité extérieure (Pierre Brochand) de prendre contact avec lui, de prendre contact avec vous, M. le député", a-t-il insisté en s'adressant à M. Julia, présent dans l'hémicycle, sans jamais le citer nommément. Une façon de mettre devant ses responsabilités ce parlementaire, voué aux gémonies par les milieux politico-médiatiques depuis son équipée malheureuse en Syrie, fin septembre, visant à libérer deux autres journalistes otages en Irak, Christian Chesnot et Georges Malbrunot.
Il ne s'agit pas d'un appel à collaboration, mais plutôt de s'assurer avec les services de renseignements si M. Julia dispose ou non d'informations, a fait valoir l'entourage de M. Raffarin. M. Julia s'est dit mardi prêt à se mettre "à la disposition" du gouvernement car il "connaît probablement les ravisseurs" et "peut rallumer les contacts" qu'il dit avoir dans la région. "Toute personne qui croirait détenir des informations sérieuses a le devoir de les porter immédiatement et sans condition à la connaissance des autorités", a averti M. Raffarin.
Le Premier ministre a surtout mis l'accent sur la nécessité "d'agir sous une seule autorité", celle de son gouvernement, en excluant "toute diplomatie parallèle" qui avait été reprochée à M. Julia à l'automne dernier.
"Nous souhaitons obtenir cette libération par l'action de la France, par l'action de ses services", a-t-il martelé dans un discours que le député de Seine-et-Marne n'a pas applaudi.
Signe que le ton a changé à l'égard de M. Julia, le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier, qui avait reproché à Didier Julia d'avoir "manqué d'esprit civique" au moment de l'échec de son opération pour Chesnot et Malbrunot, a déclaré au Monde qu'il "faut tirer tous les fils possibles et explorer toutes les pistes".
"Aucune porte ne doit être fermée", a renchéri le député UMP Alain Marsaud, ancien juge antiterroriste, en soulignant que M. Julia avait "prouvé qu'il avait de l'entregent sur place".
La gauche, qui avait l'an dernier dénoncé "l'opération pieds nickelés" de M. Julia, s'est elle aussi refusé, par la voix de Jean-Marc Ayrault (PS), à toute "polémique".
Mercredi, le gouvernement semblait n'avoir pas d'explication sur le sens à donner à l'appel à l'aide de Florence Aubenas à Didier Julia. Soulignant qu'il ne pouvait "pas encore déterminer les dates exactes des cassettes" montrant la journaliste -une autre ayant été montrée à la famille Aubenas le 24 février- M. Raffarin a même lancé: "ou les images sont vraies et elles sont insupportables ou ces images sont fabriquées et elles sont inacceptables". Il a par ailleurs confirmé qu'"aucune revendication" n'avait été formulée ni "aucun dialogue" établi "avec des ravisseurs authentifiés".
Mercredi, la presse française évoquait un éventuel rôle de la Syrie -de plus en plus sous pression depuis l'assassinat récent de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri- après l'appel à l'aide adressé à M. Julia.
Une hypothèse reprise par le député Marsaud qui parle "d'une énorme manipulation de la Syrie". De son côté, le directeur de Libération, Serge July, voit dans le "retour" de M. Julia, que la journaliste ne connaissait pas, un message à la France pour montrer qu'il y a "un lien avec l'affaire précédente" Chesnot-Malbrunot.
Enfin, répondant à la demande, notamment, du président de l'UDF François Bayrou et du numéro un socialiste François Hollande, M. Raffarin recevra jeudi à Matignon l'ensemble des responsables politiques représentés au Parlement pour les informer des développements de l'affaire Aubenas.

Retour en haut de page / Back to top of this page 2 mars, 18h36 - AFP

Le président italien appelle à la libération de Florence et Giuliana
Le président de la République italienne, Carlo Azeglio Ciampi, a appelé mercredi à la libération de la journaliste italienne Giuliana Sgrena et de sa consoeur française Florence Aubenas enlevées en Irak.
"Nous demandons avec force que Giuliana Sgrena et Florence Aubenas soient libérées. Leur libération serait une bonne chose pour tous et plus particulièrement pour l'avenir de l'Irak", a-t-il dit au cours d'une cérémonie à Rome en présence de nombreux journalistes. "Quand des journalistes perdent la vie pour avoir voulu faire leur travail ou qu'ils sont l'objet de violence, je pense naturellement à Giuliana Sgrena et Florence Aubenas, choisies par leurs ravisseurs pour avoir exercé avec passion leur métier de chroniqueur, alors nous nous sentons tous blessés", a poursuivi le chef de l'Etat.
M. Ciampi s'exprimait en présence des organisateurs et des participants à un concours italien de journalisme, le "Prix du chroniqueur - Piero Passetti
La journaliste française Florence Aubenas, disparue à Bagdad le 5 janvier, a lancé un appel à l'aide urgent dans une cassette-vidéo diffusée mardi. Son homologue Giuliana Sgrena a été enlevée le 4 février et une cassette vidéo de la journaliste italienne a été diffusée le 16 février.
Mme Sgrena demande elle aussi de l'aide et réclame le retrait des troupes italiennes d'Irak.
En Italie, des responsables religieux, politiques et associatifs observent à tour de rôle une grève de la faim pour demander la libération des journalistes pris en otage en Irak et s'opposer à la guerre dans ce pays. L'initiative, baptisée "Combien de jours avant l'aube?", est destinée à obtenir la "libération de Giuliana Sgrena, Florence Aubenas et Hussein Hanoun al-Saadi (le guide de Mme Aubenas) ainsi que des autres personnes enlevées et de tout le peuple irakien", a indiqué l'un des participants.

Retour en haut de page / Back to top of this page 2 mars – 13h00 France Inter – Interview de François Loncle, député socialiste, membre de la Commission des Affaires étrangères à l’Assemblée.

France-Inter : "Etes-vous de ceux qui pensent que la Syrie peut être impliquée ?
F.Loncle.: "C’est la mode, si j’ose dire… C’est que maintenant la Syrie est responsable de tout, de tous les attentas, de toutes les prises d’otages… Je crois qu’il faut être très prudent, là-dessus. Il est possible que… il y ait quelques fils, quelques liens mais de là à mettre ça sur le dos de la Syrie, je crois que c’est un peu facile. Et moi, je fais confiance au Ministère des Affaires étrangères, à l’ambassadeur Bagelet à Baghdad, à la DGSE pour… exploiter les informations que nous… nous avons reçu avec ces cassettes en particulier."

France-Inter : "Je sais qu’il est difficile de parler de ce genre de choses parce que la sécurité de notre consoeur est en jeu, mais quelle vous paraît être l’hypothèse la plus crédible et quelle est l’hypothèse privilégiée comme piste de travail pour le gouvernement notamment?"
F.L.: "Eh bien, je crois qu’il faut faire exactement ce qui avait été tenté dans une deuxième phase, lors de la prise d’otages de Chesnot et Malbrunot, et c’est le Ministère des Affaires étrangères et la DGSE qui s’en étaient occupés. Il faut évidemment localiser et identifier les preneurs d’otages. Je ne sais pas si la première ou la deuxième cassette vont être suffisantes pour cette identification qui est indispensable. Il y a eu des intermédiaires. Serge July l’a dit dans l’interview qu’il vous accordé et donc c’est avec ces intermédiaires qu’il faut traiter. Je crois qu’il faut être à la fois minutieux, prudent et très actif, y compris d’ailleurs dans la reprise d’un dialogue avec la Syrie parce que les relations avec la Syrie sont très mauvaises, extrêmement mauvaises depuis quelques semaines et je crois qu’il faut avoir le courage de dialoguer dans ces cas-là."
France-Inter: "Alors, il n’y a pas de revendication, ce n’est pas un hasard, c’est une stratégie. Comment l’expliquez-vous ? Est-ce qu’il s’agit de débuter une sorte…"
F.Loncle.: "Eh bien, écoutez… Au départ, on a déclaré qu’il s’agissait d’un enlèvement crapuleux,… Maintenant, si on arrive à localiser, à identifier un tant soit peu avec les cassettes qui sont parvenues,… eh bien peut-être que cela va se transformer dans une prise d’otages avec des considérations politiques. Mais vous savez, c’est un tel désordre là-bas qu’on ne peut pas certainement… … arriver rapidement à une conclusion certaine. En tout cas,… en tout cas, c’est vrai que Florence Aubenas a, comme tous les otages, a été manipulée par ses preneurs, par ses ravisseurs et… et son deuxième témoignage en fait foi. Visiblement, c’est… c’est triste, c’est pénible, mais cet appel à Didier Julia montre bien qu’il y a derrière cela une manipulation des ravisseurs."

France-Inter: "Une bonne connaissance également de la politique française?"
F. Loncle: "Oui, enfin, vous savez… il suffisait de lire les titres des journaux, il y a quelques semaines, mais évidemment il faut se garder de… de… de laisser, comme la dernière fois… mon collègue Julia libre de ses mouvements. Il faut que le gouvernement une fois pour toutes le contrôle et évite de l’utiliser."

France-Inter: "Alors le fait qu’on n’ait pas de nouvelles du guide et interprète de Florence, est-ce quelque chose pour vous qui est porteur d’inquiétudes, pour lui d’abord, pour Florence Aubenas également ??"
F. Loncle : "Très certainement pour lui. Très certainement pour lui, mais… cela n’a pas de conséquence directe sur les espoirs que l’on peut formuler à juste titre sur Florence Aubenas. Quelle…"
France-Inter: "Mais…
F. Loncle: "Quelle que soit évidemment la… la difficulté qu’elle ressent et ça s’est bien vu dans la deuxième cassette."

France-Inter: "François Loncle, un mot sur ces deux vidéos car il y en a 2, hein ? Celle que nous avons découverte hier. Il y a celle qui a été envoyée à la famille de Florence, le 24. Elle a été enregistrée le 23. On n’en a jamais entendu parler jusqu’à hier. Pourquoi ce silence?"
F. Loncle: "Je pense que le gouvernement, Monsieur Barnier a raison de privilégier la famille, privilégier aussi Libération et Serge July en particulier et que l’information rendue publique… ça n’est pas ce qu’il y a de plus important. Je… Je crois que c’est la famille qui doit recevoir les premières informations. Notamment, c’est la première fois que l’on voyait Florence Aubenas. C’est la première fois qu’on avait des nouvelles car cet enlèvement est d’autant plus tragique que voilà des semaines que nous n’avions strictement aucune nouvelle."

Retour en haut de page / Back to top of this page 2 mars – 13 h00 France Inter
Interview de Bernard Acoyer, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale
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"C’est au gouvernement de travailler s’il le faut avec Didier Julia. C’est cela l’essentiel et je ne vais pas encore une fois faire des suppositions. La situation est trop grave.
Les pouvoirs publics, le gouvernement, les services exploreront certainement toutes les voies et pourquoi pas celle-ci bien entendu. Dans une situation comme celle-ci, ce qui prévaut encore une fois, c’est l’essentiel. Et l’essentiel, c’est la prudence, c’est la cohésion. N’allons pas chercher des polémiques, des interprétations. Je me suis entretenu hier avec Edouard Balladur, Président de la commission des Affaires étrangères, qui a lui, eu lui-même un contact avec Didier Julia et dans ce contact, il a été précisé par Edouard Balladur, il a été précisé à Didier Julia qu’il devait se tenir à la disposition du gouvernement et que les initiatives personnelles n’étaient pas souhaitables."

Retour en haut de page / Back to top of this page 2 mars – 13 h00 France Inter – Interview de Serge July

"Il y a deux cassettes. Il y a une cassette qui a été montrée à la famille, le jeudi dernier, qui est datée du 23. C’est-à-dire que les ravisseurs ont fait en sorte… qu’ils ont fait une mise en scène, il y a la date du 23 en anglais. Cette cassette est intéressante comparée à celle dont nous avons pris connaissance hier. D’abord celle-là est passée par les services de l’Ambassade à Baghdad. Elle a été remise par un intermédiaire qui cherchait à crédibiliser son statut d’intermédiaire dans une éventuelles négociation en remettant cette preuve de vie. Dans cette cassette, Florence apparaît… fatiguée, mais… ce n’est pas le visage de la femme qu’on voit dans la deuxième cassette. Le texte lui-même est au début un peu différent puisqu’elle parle de son état psychologique mais elle ne le décrit pas comme aussi mauvais qu’ elle le décrit dans la deuxième. Et puis surtout, il y a une différence fondamentale: elle ne parle pas du tout de Julia. Or ça a été filmé sans doute dans le même lieu, dans les mêmes conditions, pas le même jour puisque les vêtements ne sont pas exactement les mêmes et surtout l’état physique de Florence Aubenas n’est pas le même."

Retour en haut de page / Back to top of this page 2 mars 08h32 - AFP

Disparue le 5 janvier à Bagdad où elle était partie en reportage, la journaliste de Libération a appelé au secours dans une cassette vidéo diffusée mardi, où elle apparaît très éprouvée physiquement et moralement.
"Je lance un appel au député français Didier Julia. S'il vous plaît, M. Julia, aidez-moi. C'est urgent, aidez-moi", a-t-elle ajouté. Aucune revendication n'accompagnait cette cassette, ni le nom du groupe qui la détient, ni non plus d'indice permettant de dater l'enregistrement. Aucune mention n'a été faite de son guide irakien, Hussein Hanoun Al-Saadi.
Cet appel au député Julia (UMP, droite) a beaucoup surpris dans la mesure où ce dernier semblait largement discrédité à la suite du fiasco qui a entouré son initiative visant à la libération des journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Ils ont été finalement libérés le 21 décembre, après quatre mois de captivité en Irak. Deux collaborateurs de M. Julia ont été mis en examen pour "intelligence avec une puissance étrangère" et une information judiciaire a été ouverte à son encontre.
Le directeur de Libération, Serge July, tout comme le secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, ont estimé qu'"on" avait demandé à Florence Aubenas de lancer cet appel à M. Julia. "On ne peut pas imaginer que le nom de (Didier) Julia ne lui a pas été dicté par les ravisseurs", a estimé M. Ménard.
Les services de renseignement français analysent l'enregistrement vidéo, selon une source proche de la DGSE (renseignements français), sans pour autant avancer encore de réponse sur la raison de cet appel à M. Julia.
"C'est beaucoup de questions, beaucoup d'hypothèses", a-t-on précisé, ajoutant que cette cassette "est étudiée sous tous ses aspects, technique, linguistique". Parmi les hypothèses retenues, certains avancent une action syrienne pour mettre à mal la diplomatie française, qui s'oppose de plus en plus fermement à la présence de Damas au Liban.
Le ministre des Affaires étrangères français Michel Barnier n'a pas écarté de recourir à Didier Julia, en déclarant: "S'agissant d'un parlementaire qui a été cité, je crois qu'il a lui-même dit qu'il était à la disposition des autorités françaises. Nous allons, après avoir analysé cette vidéo, prendre les décisions les plus utiles". Sur TF1, le député français a estimé mardi soir que les ravisseurs étaient probablement des gens qui le connaissent et qu'il connaît.
"Ce sont les ravisseurs qui la détiennent, qui lui ont demandé de citer mon nom", a déclaré M. Julia.
"J'ai la certitude qu'il faut aller vite, que Florence est fatiguée, physiquement et peut-être psychologiquement", a déclaré pour sa part à Toulouse (sud-ouest de la France), Jacqueline Aubenas, la mère de la journaliste de Libération.
Plus d'un millier de personnes se sont rassemblées mardi soir dans une salle de concert de Toulouse en soutien à la journaliste française et à son guide irakien.

Retour en haut de page / Back to top of this page 2 mars – C’est dans le journal - Jean-Yves Chaperon - RTL Matin

Cette photo, d'abord, presque partout à la Une, du Parisien au Berry républicain, de la Dépêche du Midi à l'Humanité, la photo de ce visage de Florence Aubenas marqué par la fatigue et le découragement. Dans son éditorial de La Croix, Bruno Frappat explique pourquoi son journal s'est même refusé quant à lui a publier cette photo. Ce serait, pour reprendre son expression, "faire la courte échelle aux ravisseurs". Il a suffi déjà, du point de vue des maîtres chanteurs qu'ils aient pu faire savoir à la France entière que cette jeune femme appelait au secours, qu'elle souffrait, qu'elle était mal en point. Un extrait de l'éditorial d'Antoine de Gaudemar de Libération, "pourtant, il faut voir dans ces images bouleversantes un réconfort, un encouragement. D'abord parce que c'est le signe de vie tant attendu : Florence est vivante, Florence parle. Ensuite parce que cette vidéo signifie peut-être l'amorce d'une négociation entre ravisseurs et autorités françaises. Enfin, parce que plus que jamais, il faut maintenir la mobilisation."
Beaucoup de mystères aussi, relevés dans le journal, autour de l'appel formulé par Florence Aubenas au député Didier Julia.
"Les questions se bousculent. Pourquoi un message aussi bref? Pourquoi aujourd'hui seulement ? Que signifie l'appel appuyé à Didier Julia, à coup sûr dicté par les ravisseurs?" C'est Patrick Apel-Muller qui se le demande dans l'Humanité. Et quelle considération faut-il porter dès lors au personnage Julia ? Le gouvernement doit-il le laisser tenter quelque chose ? "Qui mettrait ses espoirs dans un tel homme ?", demande Bernard Revel dans l'Indépendant du Midi, "Didier Julia, ce turlupin, mâtiné barbouze", pour reprendre les épithètes choisis par Jean-François Montémont dans le Courrier Picard mais voilà cette autre question posée par Patrick Berthomeau dans Sud-Ouest : "Si vraiment cet homme, à travers des réseaux d'officines aux intérêts plus ou moins recommandables, détient les clefs de la situation, faut-il se priver de son secours?" Même réflexion dans Le Progrès, dont Jean-Philippe Mestre écrit que "la nécessité urgente est de sauver la journaliste de Libération, au besoin en laissant de côté toute question d'amour propre".

Retour en haut de page / Back to top of this page 2 mars – Interview de Didier Julia – France Inter / Journal de 08h00

"Ce sont les ravisseurs qui la détiennent qui lui ont demandé de citer mon nom. Ce sont des gens qui me connaissent et probablement que je connais. Il faut vous dire que depuis 40 ans que je fréquente l’Irak, je connais beaucoup de monde mais depuis le 23 décembre, c’est-à-dire depuis la sortie de Chesnot et Malbrunot, j’ai interrompu tout contact avec eux et par conséquent les circuits sont éteints. J’ai éteint les circuits du fait qu’il y avait une instruction judiciaire, qu’on était considérés comme des traîtres à la patrie parce qu’on était venu au secours de Français en danger à l’étranger, par conséquents les circuits sont éteints. Mais… si le gouvernement, qui en ce moment expertise la cassette, si le gouvernement me demande de participer à la recherche et de renouer des contacts, je peux rallumer ces contacts et remettre les circuits en fonction. Ceci dit, j’attends que le gouvernement me le demande. J’ai donc dit que j’étais à la disposition du gouvernement pour toute action, toute initiative qui serait susceptible de sortir Florence Aubenas de sa situation."

Retour en haut de page / Back to top of this page 2 mars - 08h20 - Géopolitique avec Bernard Guetta sur France Inter

Pourquoi cette insistance ? Pourquoi Florence Aubenas, à la fin de cette courte et terrible vidéo par laquelle elle vient d’appeler à l’aide prononce-t-elle trois fois de suite le nom de Didier Julia ?
Ecoutons-la : "J’en appelle particulièrement à Monsieur Didier Julia, le député français". "S’il vous plait, Monsieur Julia, aidez-moi". "C’est urgent. Monsieur Julia, aidez-moi".
Florence Aubenas a beaucoup couvert l’Irak. Elle a naturellement en tête l’affaire de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, l’intervention du député, son voyage à Damas et sa certitude, malheureusement démentie, d’être sur le point d’obtenir leur libération grâce à ses contacts en Syrie et dans les milieux du Baath, le parti sur lequel s’appuyait le régime de Saddam Hussein.
Elle sait ainsi que Didier Julia n’est pas tout puissant, que son initiative avait été dénoncée par les autorités françaises même si elles n’avaient pas voulu l’empêcher de la prendre, bref que cet appel direct et pressant à cet homme ne peut que créer une affaire dans son affaire. Plus frappant encore, elle ne dit rien ni de son journal, Libération, ni du gouvernement, ni du Président de la République, de personne sauf Didier Julia qui seul semble compter à ses yeux. La conclusion s’impose. En martelant ce nom, Florence Aubenas fait évidemment passer un message. Elle dit en langage codée une chose que ses ravisseurs soit ne l’auraient pas laissé dire soit ne voulaient pas la laisser directement dire mais laquelle ?
Il n’y a plus, là, de certitude mais, en revanche, une hypothèse que l’on ne saurait écarter. Julia cela ne peut vouloir dire, en l’occurrence, ni vieux gaulliste ni figure solitaire et plutôt excentrique mais cela peut parfaitement signifier deux choses, Syrie et Baas, car Didier Julia appartient à cette frange du gaullisme qui fut très liée au monde arabe et tout particulièrement à la Syrie et à l’ancien appareil de Saddam. Dans ces milieux, Didier Julia a des liens anciens, étroits, des relations de confiance et, s’il y a une connotation attachée à son nom, c’est bien celle-là.
Florence Aubenas le sait et il est très possible, pour ne pas dire probable, qu’elle ait voulu faire savoir, en martelant ainsi ce nom, que ni les services syriens, ou partie d’entre eux, ni ces pans de l’appareil baassiste qui ont basculé dans l’action armée contre la présence américaine en Irak n’étaient étrangers à son enlèvement.
C’est une lecture, c’est une hypothèse, ce n’est pas une information ni même une certitude, mais le fait est que le régime syrien joue la carte d’un soutien aux mouvements clandestins irakiens dans l’espoir d’avoir quelque chose à monnayer avec les Américains, qu’il y a des liens entre les deux et que la Syrie a toutes les raisons d’en vouloir à la France à cause de son soutien à l’indépendance libanaise. Il est surtout frappant que ce soit au moment même où les choses se précipitent au Liban, où le régime syrien est dos au mur, où il a besoin de pouvoir utiliser toutes ses armes vis-à-vis de la France, qu’on entende, pour la première fois depuis son enlèvement, parler de Florence Aubenas.

Retour en haut de page / Back to top of this page 1 mars 2005 - France Inter
Interview de Serge July, le directeur de Libération, joint par Grégory Philipps pour France Inter.

"C’est une preuve de vie, donc… Si elle souffre, c’est qu’elle est vivante. Tous les messages de… mettant en scène des gens privés de liberté sont toujours douloureux à voir, donc il y a à la fois une source d’espoir : elle est vivante, très vraisemblablement vivante même parce qu’on ne sait pas quand ça a été tourné, et en même temps, c’est douloureux à voir, quelqu’un qui souffre, c’est toujours douloureux quand il est privé de liberté. Et puis ça pose énormément de questions auxquelles nous n’avons pas de réponse. Pourquoi Hussein n’est-il pas là ? On est évidemment très inquiet de ne pas le voir. Y’a pas de revendications. Pas de demande de rançon. Vous savez que ce document a été remis à Reuters à Baghdad et en l’occurrence, c’est une cassette vidéo et il n’y avait rien d’autre dans le paquet qui a été remis à Reuters que cette intervention. Voilà… Donc je… La mention de Julia, évidemment personne ne peut imaginer que Florence Aubenas ait pu parler librement de Didier Julia, à qui Chesnot et Malbrunot doivent d’avoir été en captivité trois mois de plus, donc le fait qu’il soit mentionné, est-ce une provocation ? une manipulation ou une… Je ne sais pas. Ce sont des questions sans réponse en tout cas, et… On est évidemment à un tournant. Comme vous le savez les preuves de vie, ça sert à authentifier ou en tout cas à construire un canal de négociation qui prouve que l’interlocuteur qui l’amène… est bon, ou en tout cas est fiable puisqu’ils sont vivants. Quelle est l’intention maligne derrière le fait d’évoquer Julia dans cette affaire ? Ce n’est pas pour autant la preuve que c’est politique mais en tout cas, on ne peut pas ne pas se poser la question."
Question de Grégory Philipps : "Pour vous Libération, c’est le premier signe de vie que vous recevez?"
Serge July: "Oui, c’est le premier. On sait qu’il y a eu une cassette que la famille a vu la semaine dernière mais qui était de nature différente."

Retour en haut de page / Back to top of this page 1 mars 2005 - Communiqué de presse de RSF, suite à la diffusion de la vidéo de Florence.

La vidéo diffusée ce mardi et montrant Florence Aubenas, enlevée le 5 janvier dernier à Bagdad en compagnie de son guide Hussein Hanoun Al-Saadi, est déterminante : malgré la brutalité du document, Florence est vivante.
Ce premier signe de vie est essentiel car il succède à 55 jours de silence. Cependant, il reste beaucoup de questions en suspens : la vidéo n'est Pas datée, Florence y apparaît digne mais épuisée moralement et physiquement. Aucune mention n'est faite d'Hussein Hanoun. Il n'y a aucune revendication ni indication sur l'identité des ravisseurs.
Nous, Comité de soutien, exigeons plus que jamais du gouvernement et des pouvoirs publics qu'ils mettent tout oeuvre pour les faire libérer au plus tôt. Il est nécessaire d'identifier les ravisseurs à partir de la vidéo, de localiser Florence et Hussein, et de les rendre à leurs proches.
Chaque heure, chaque jour compte.
Il y a urgence. Leur liberté, c'est la nôtre.

Retour en haut de page / Back to top of this page 1 mars - Michel Barnier, de Londres, sur France Inter

"Nous allons étudier cette vidéo avec beaucoup de précision, notamment vérifier sa chronologie. Il y a dans cet appel un élément important, c’est qu’elle est en vie. Nous avions reçu nous-mêmes, il y a plusieurs jours… une autre preuve de vie de Florence Aubenas, que j’avais communiqué et fait voir à sa famille. Nous avons besoin maintenant de vérifier la chronologie, le contenu de cet appel pour bien l’utiliser. Et s’agissant d’un parlementaire qui a été cité, je crois même qu’il a dit qu’il était à la disposition des autorités françaises et nous allons, après avoir analysé cette vidéo, prendre les décisions les plus utiles. Je veux vous dire que la seule priorité pour moi, comme dans d’autres cas, pour les autorités françaises, pour le Président, pour le ministre français, c’est la sécurité de Florence Aubenas et de Hussein Hannoun".

Retour en haut de page / Back to top of this page 1 mars, 11h24 - AFP

La journaliste française appelle à l'aide dans une cassette-vidéo
La journaliste française Florence Aubenas, disparue à Bagdad le 5 janvier, a lancé un appel à l'aide urgent dans une cassette-vidéo diffusée mardi par la chaîne d'information Sky-Italia.
"Mon nom est Florence Aubenas. Je suis journaliste française. Je suis journaliste de Libération. Je suis en mauvaise santé et je suis en mauvaise santé psychologique aussi", a-t-elle dit, en anglais. "Je lance un appel au député français Didier Julia. S'il vous plait M. Julia, aidez-moi. C'est urgent, aidez-moi", a-t-elle ajouté dans cette vidéo très brève.
Florence Aubenas est apparue très éprouvée, les traits creusés et les cheveux tombant dans les yeux. Elle portait un T-shirt qui semblait sale et elle avait des traces grises sur le visage.